Biographies des héros spirituels de la terre de Géorgie, moniales, moines, ascètes, martyrs, clercs ou laïcs qui ont fait briller sur elle la Lumière du Christ!

vendredi 21 juillet 2017

Vénérables Pères Jean (Ioane) et Gabriel du Mont Athos (10ème siècle)



Mémoire le 8/ 21 juillet

Saint Jean (Ioane) naquit, fils d'un noble durant le règne du roi David (Davit) Kouropalates.

Par son amour du Christ, il quitta sa famille et le monde pour être tonsuré moine. Après avoir informé la cour royale de sa décision, saint Jean reçut une bénédiction de son père spirituel pour se rendre en Grèce, où il s'installa dans un monastère sur le Mont Olympe.

A cette époque, comme "signe d'amitié", l'empereur byzantin rendit les terres géorgiennes qu'il avait conquises au roi David Kouropalates, mais comme un "signe de dévouement", il exigeque les enfants de la noblesse soient envoyés à titre de caution. Parmi ceux envoyés à Byzance était le fils de saint Jean, Euthyme (Ekvtime). Saint Jean pria l'empereur byzantin de libérer son fils, et quand Euthyme fut finalement libéré, Jean le ramena avec lui au monastère de de saint-Athanase l'Athonte (la Grande Lavra).

A cette époque, le célèbre commandant militaire géorgien Tornike Eristavi vint rendre visite à saint Jean. Tornike fut bientôt tonsuré moine et on lui donna le nouveau nom de Jean (le saint est commémoré comme Jean (Ioane)-Tornike), et il s'installa aussi au monastère de Saint Athanase l'athonite.

Bientôt les fidèles géorgiens commencèrent à affluer vers le monastère de Saint-Athanase, et Jean se retira du monastère vers un endroit plus isolé, où il construisit une cellule et une église en l'honneur de Saint Jean le Théologien. Deux autres églises furent construites plus tard dans cette même région en l'honneur de la Très Sainte Génitrice de Dieu et de saint Jean-Baptiste. De cette manière, le célèbre monastère d'Iviron du mont. Athos fut créé, avec saint Jean comme premier higoumène.

Après le repos en Christ de son fidèle ami et assistant saint Jean-Tornike, il devint difficile pour saint Jean de continuer à œuvrer sur la Sainte Montagne. Lui et plusieurs de ses disciples eurent intention de quitter l'Athos, mais à la fin ils restèrent à l' insistance de l'empereur byzantin.

Jean tomba bientôt malade de la goutte et fut alité pendant plusieurs années. Avant sa mort, il appela son fils, Euthyme, lui confessa ses péchés, et le désigna comme higoumène du monastère d'Iviron. Il dit à son fils que saint Georges (Giorgi) (plus tard " le Constructeur ") devrait lui succéder comme higoumène, puis bénit tous les frères et "s'endormit dans les bras de son fils pour aller dans les rangs des justes".

Saint Euthyme revêtit les saintes reliques de son père charnel et spirituel de précieux habits et plus tard, sur sa tombe, il érigea une église en l'honneur des Archanges.

Saint-Gabriel était un moine du Monastère d'Iviron sur le Mont Athos. L'été, il se retirait des falaises inaccessibles, et en hiver, il revenait au monastère et observait une règle stricte de silence. Vêtue d'une soutane grossière et ne mangeant que des racines et des herbes, saint Gabriel était véritablement un "homme céleste et un ange terrestre."

Un jour, au crépuscule, les moines du monastère virent une colonne de lumière qui brillait avant sur la mer. La vision dura plusieurs jours, et enfin les moines de tous les monastères de la Montagne Sainte se rassemblèrent et descendirent ensemble à la mer.

Ils virent une icône de la Mère de Dieu qui resplendissait et flottait debout à la surface de l'eau. Les pères mirent un bateau à l'eau, dans l'espoir de ramener l'icône avec eux jusques à la rive, mais à chaque fois que leur bateau approchait de l'icône , elle dérivait plus au large.

Enfin, les moines frustrés offrirent des prières et des supplications à Dieu afin de discerner Sa volonté, et la Très Sainte Génitrice de Dieu apparut dans une révélation divine et leur dit que seul le moine Gabriel était digne de rapporter de la mer l'icône à son image. En même temps, elle apparut à Gabriel craignant Dieu et lui dit: "Entre dans la mer et marche sur les vagues avec foi, et j'enverrai mon amour et ma miséricorde sur tous les moines de ce monastère."

Les startsy du Mont Athos situèrent la demeure rocheuse de l'ermite Gabriel non loin du monastère d'Iviron. Ils l'amenèrent avec eux et Gabriel alla sur la mer au son des hymnes et de l'encensement. Gabriel alla sur l'eau et, en marchant sur les flots comme sur la terre ferme, il s'approcha de l'icône. Dans le même temps, l'image sainte vint près de lui. Serrant la sainte icône sur sa poitrine, Gabriel repassa sur les vagues et apporta l'icône en toute sécurité sur le rivage. (L'histoire de l'Icône miraculeuse de la Mère de Dieu d'Iviron est relatée en détail dans les commémorations du 12 Février.) Saint Gabriel reposa paisiblement en Christ sur le Mont Athos.

Par vos actes, vous resplendissez parmi les hommes et vous remplis la terre de joie divine, ô Pères Jean et Gabriel. Intercédez auprès du Christ Dieu pour qu'Il ait pitié de nos âmes!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

Saint Martyr Royal Mirdat, Roi de Kartli († 410)




Mémoire le 8/ 21 juillet

Le Roi Mirdat (408-410), fils de Varaz-Bakour, fut le premier roi martyr de Géorgie. Il fut élevé par son grand-père maternel, le roi Tiridate.

Le fidèle grand-père apprit au futur roi à aimer Dieu et son peuple, et le jeune prince en pleine conscience préserva la sagesse de son grand-père tout au long de sa vie. Mirdat fut doté de la plus grande des vertus d'un noble: sagesse, discrétion, prouesses physiques, intrépidité, vaillance, et courage. Il libéra Klarjeti des Byzantins, abolit le système des tributs (par lequel la Géorgie devait payer des taxes à la Perse), et il se prépara pour la guerre contre les Perses.

Le roi de Perse rassembla une armée énorme pour punir la nation géorgienne, et le roi Mirdat marcha courageusement vers Gardabani (dans l'est de la Géorgie) avec sa plus petite armée. Mais l'altruisme et la bravoure des soldats géorgiens ne pouvait égaler la multitude de guerriers perses. Les Géorgiens subirent une défaite, et les conquérants perses capturèrent le jeune roi.

Le roi de Perse exigeque Mirdat renonce à la foi chrétienne, mais il fut fermement réprouvé. Ni intimidation, ni crainte de persécution ne purent briser la volonté du roi. Après l'avoir torturé pour son amour du Christ, les Perses le lièrent avec des chaînes, le tourmentèrent presque jusques à la mort, et le jetèrent en prison, où il rendit son âme au Seigneur.

Le martyre du roi Mirdat eut lieu au début du 5ème siècle, en l'an 410.

Ô saint martyr Mirdat, supplie le Christ Dieu de sauver nos âmes!



Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

dimanche 16 juillet 2017

Vénérable Georges (Giorgi) le Théophore († 1068)





Mémoire le 3/ 16 juillet

Saint Georges (Giorgi) le Théophore et le Reclus œuvra dans la Montagne Noire près d'Antioche à une époque où les églises et les monastères y prospéraient. Les chrétiens orthodoxes de nombreuses régions du monde venaient s'y installer, et en conséquence, des tensions surgissaient souvent entre moines de nationalités différentes. Afin de rester détaché des conflits, le Père Georges trouva refuge dans une crevasse imprenable sur une montagne très élevée. Pour cette raison, il est aussi appelé saint Georges le Reclus.

Néanmoins, les moines de la Montagne Noire étaient bien conscients de la pieuse vie menée par Georges le Reclus. Le vénérable Georges de la Sainte Montagne se rendit à la Montagne Noire à la recherche d'un guide spirituel et, après avoir prié dans chaque monastère, il demanda finalement à saint Georges le Reclus, "homme innocent comme une colombe", de remplir ce rôle.

Georges le Reclus reçut le jeune ascète et  trouva une demeure pour lui dans le monastère. Son disciple resta avec lui pendant trois ans, menant la plus stricte vie ascétique, jusqu'à ce que finalement Georges le Reclus le revête du grand schème et "le fasse s'accomplir dans la vie monastique".

Puis, après l'envoyant un pèlerinage à Jérusalem, il bénit Georges pour qu'il se réinstaller au monastère d'Iviron sur le Mont Athos et continue l'œuvre sainte de saint Euthyme (Ekvtime) du Mont Athos.

Georges retourna à la Sainte Montagne mais, au lieu de traduire des livres comme son père spirituel le lui avait conseillé, il effectua d'autres obédiences pendant sept ans. Quand saint Georges le Reclus entendit cela, il envoya son disciple Théodore (Tevdore) au Mont Athos pour lui faire des reproches et lui rappeler qu'il avait été envoyé là-bas pour traduire des textes théologiques du grec en langue géorgienne. Cette fois Georges de la Sainte Montagne obéit humblement à la volonté de son maître.

Quand il n'était pas avec Georges de la Sainte Montagne, saint Georges le Reclus se borna à la solitude stricte et, comme son fils spirituel, consacra beaucoup de son temps à des activités littéraires. Il se familiarisa étroitement avec les écrivains d'Iviron et d'autres monastères géorgiens, et il encouragea  son fils spirituel à continuer son travail de traduction de la littérature théologique orthodoxe.

Saint Georges le Reclus copia les traductions de La vie de Martha (mère de Siméon du Mont Admirable et La vie de saint Barlaam (du Syro-Caucase) de Davit Mtbevari. Quand Georges entendit qu'aucune copie de ces vies n'existaient sur le Mont Athos, il transcrivit les textes et les envoya aux Athonites.

Saint Georges le Théophore et le Reclus reposa en Christ en 1068, après la mort de son vénérable disciple saint Georges de la Sainte Montagne.

Ô vénérable Père Georges, homme céleste et ange terrestre, nous te prions de diriger nos vies sur le chemin de la paix!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

samedi 15 juillet 2017

Fête de la Tunique de la Très Sainte Génitrice de Dieu


Mémoire le 2/15 juillet


Un musée d'histoire à Zougdidi (Géorgie occidentale) a conservé de nombreux objets sacrés confisqués aux églises et monastères au début de la domination soviétique, de 1923 à 1936. Parmi les objets est la Tunique de la Très Sainte Mère de Dieu, qui a été amenée là du monastère de la Dormition à Khobi (près de Zougdidi).

Il y a plusieurs explications différentes quant à la façon dont la Tunique est venue en Géorgie. Selon un compte rendu, elle a été apportée de Jérusalem au début du 12ème siècle. Selon un autre, elle a été apportée en Géorgie au 8ème siècle, pendant la période de l'iconoclasme à Byzance. Selon la chronique de la vie de Kartli, la Tunique miraculeuse de la Très Sainte Génitrice de Dieu a été conservée dans l'église de Khobi pendant de nombreux siècles.

En 1640, les ambassadeurs de Russie Fedot Eltchine et Pavel Zakharev visitèrent l'ouest de la Géorgie et ils déclarèrent avoir vu la précieuse Tunique. Elle a également été décrite dans les récits de divers voyageurs à travers l'ouest de la Géorgie, y compris par Giuseppe Maria Zampi, le missionnaire italien, par le Patriarche d'Alexandrie (au 17ème siècle) et par plusieurs moines du Mont Athos.

La Tunique de la Vierge Marie a été préservée dans un coffret d'argent sur l'autel à Khobi, sous le sceau à la fois du Catholicos et du Prince Lévan II Dadiani.

Selon la tradition, de nombreux miracles eurent lieu et un grand nombre de personnes furent guéries par la Tunique miraculeuse.

Chaque année le 2 Juillet, la Tunique très précieuse est apportée depuis le Musée de Zougdidi jusques à la cathédrale de l'Icône de la Vierge Marie des Blachernes. Après la Liturgie de fête, les fidèles vénèrent avec joie ce très précieux trésor  de la foi chrétienne.

Les pèlerins de nombreux pays voyagent jusques à Zougdidi pour vénérer la Tunique de la Très Sainte Mère de Dieu.

Ta robe, ô Vierge Mère de Dieu, a été donnée à la nation qui te vénère comme un rempart contre les ennemis visibles et invisibles. C'est pourquoi nous te chantons ces hymnes glorieuses!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

jeudi 13 juillet 2017

Sainte Reine Dinar (10ème siècle)


Mémoire le 30 juin/ 13 Juillet

L'Eglise russe a conservé des chroniques de la vie de la reine Dinar, femme qui accomplit beaucoup de choses au nom de la foi chrétienne. Pendant des années, les chercheurs ont contesté la figure historique discutée en profondeur dans l'Église russe. Beaucoup ont cru que les sources décrivaient la sainte Reine Tamara, mais la période du règne de Tamara ne correspond pas à celle de la figure décrite dans les chroniques. La chronique géorgienne de la Vie de Kartli , cependant, a conservé des informations sur une certain Dinar, reine d'Héréti (sud-est de la Géorgie), qui, avec son fils Ichkhanik, convertit l'Héréti à la foi orthodoxe et délivra son peuple de l'hérésie monophysite au 10e siècle. L'histoire de la reine Dinar ressemble à celle relatée dans les chroniques russes plus exactement que tout autre vie.

Selon l'historien arménien Moïse de Kalankaytouk, les tribus slaves qui effectuaient des incursions dans le Caucase méridional ont souvent voyagé à travers la Transcaucasie, et c'est avec ces tribus que l'histoire de la Reine Dinar fit son chemin vers la Russie.

L'Eglise géorgienne rend honneur à la Sainte Reine Dinar.

À la suite de ses œuvres et réalisations zélées, une grande partie de la Transcaucasie orientale fut sauvée de l'hérésie monophysite qui dominait la région.

Aujourd'hui, sur le mur nord de la salle du trône du Kremlin de Moscou, est suspendue une image de sainte Reine Dinar montée sur un cheval blanc, victorieuse de l'ennemi.

Ô sainte et pieuse Reine Dinar, supplie le Christ Dieu d'avoir pitié de nos âmes!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

lundi 10 juillet 2017

Saint Hiéromartyr Kirion II, Patriarche-Catholicos de toute la Géorgie († 1918)

Holy Hieromartyr Kirion II

Mémoire le 27 juin/ 10 juillet


Le saint Hiéromartyr Kirion II (connu dans le monde comme Georges [Giorgi] Sadzaglischvili) est né en 1855 dans le village de Nikozi dans le district de Gori. Son père était prêtre.

Il s'est inscrit à l'école paroissiale à Ananuri, puis à l'école de théologie de Gori, et finalement au séminaire de Tbilissi.

En 1880, il fut diplômé de l'Académie théologique de Kiev et  nommé vice-doyen du Séminaire théologique d'Odessa. De 1883 à 1886 saint Kirion fut actif dans la vie éducative de Gori, Telavi, Kutaisi et Tbilissi. En 1886, il fut nommé superviseur des monastères géorgiens et doyen pour les écoles de la Société pour le renouveau de la chrétienté dans le Caucase. Il dirigea les écoles paroissiales, établit des bibliothèques et des collections de livres rares en leur sein, et publia des articles sur l'histoire de l'Eglise, le folklore et la littérature géorgiens sous les pseudonymes d'Ivériéli, de Sadzagélov et Liakhvéli (la rivière Liakhvi traverse sa région natale de Shida en Kartli [Intérieure], la partie centrale de Géorgie orientale).

En 1886, Dieu choisit Georges, il fut tonsuré moine sous le nom de Kirion, et il fut intronisé comme higoumène du monastère de Kvabtakhévi. Kirion poursuivit ses activités savantes et intensifia ses travaux spirituels. Il recueillit le folklore et les matériaux ethnographiques et étudia les artefacts des anciennes églises géorgiennes. Il fit  généreusement don des reliquaires et des manuscrits rares, qu'il trouvait aux collections d'antiquités du Musée de l'Église de Tbilissi et à la Société pour la propagation de l'alphabétisation chez les Géorgiens.

En 1898 Kirion publia une description des monuments historiques de la Gorge de Liakhvi. Sa publication est une ressource importante pour les chercheurs et les historiens, puisque la plupart des monuments qu'il décrit ont été renversés par des ennemis idéologiques et nationaux de Géorgie dans les années subséquentes. (Kirion plus tard rejoignit la Société archéologique de Moscou.) En Août 1898, l'archimandrite Kirion fut consacré évêque d'Alaverdi.

Saint Kirion commença aussitôt à reconstruire l'église d'Alaverdi, et il offrit ses propres ressources pour cette tâche capitale. Dans le même temps, il commença à étudier les objets anciens de Kakhétie et d'Hereti dans l'est de la Géorgie. Parmi les manuscrits, qu'il donna au Musée de l'église de Tbilissi était un saint Évangile de l'année 1098, inconnu des chercheurs jusques à ce moment.

L'évêque Kirion était un chercheur infatigable, avec un large éventail d'intérêts scientifiques. A sa plume appartiennent plus de quarante monographies sur divers thèmes relatifs à l'histoire de l'Eglise géorgienne et à la culture chrétienne en Géorgie. Il compila un court dictionnaire terminologique de la langue géorgienne antique et, avec le linguiste Grigol Qipshidzé, une histoire de la philologie géorgienne.

Kirion combattit l'appropriation des églises géorgiennes par les monophysites arméniens. Il envoya une note détaillée à l'exarque russe en Géorgie exigeant que les églises orthodoxes confisquées soient restituées.

En 1901 Kirion fut installé comme évêque de Gori. En ce moment, il était devenu clair pour l'exarchat géorgien que les prêtres instruits et progressistes aprouvaient le saint hiérarque Kirion et contestaient l'abolition de l'autocéphalie de l'Eglise géorgienne. Mais le gouvernement trouvé un moyen de sortir de cette "situation dangereuse" par la réaffectation fréquente de saint Kirion à servir dans différentes parties de l'Empire russe: en 1903, il fut réaffecté à Cherson, en 1904 à Orel, et en 1906 à Soukhoumi. A Soukhuumi, saint Kirion exerça tous ses efforts pour restaurer et faire revivre les églises et les monastères géorgiens historiques, mais il allait bientôt être réaffecté au diocèse de Kovno.

En 1905, à la demande de l'intelligentsia de Géorgie (sous la direction de saint Elie (Ilia) le Juste), le régime forma une commission extraordinaire pour examiner officiellement la question de l'autocéphalie de l'Eglise géorgienne. St. Kirion donna deux conférences à la Commission: l'une sur les raisons de la lutte de la Géorgie pour la restauration d'une Eglise autocéphale, et l'autre sur le rôle de la nationalité dans la vie de l'Église. La Commission rejeta les revendications géorgiennes pour l'autocéphalie et soumit les dirigeants du mouvement à une répression sévère.

En 1907, saint Elie le Juste fut tué, et le gouvernement interdit à saint Kirion de voyager en Géorgie pour lui rendre les derniers honneurs. Saint Kirion réussit uniquement à envoyer une lettre de condoléances aux proches de saint Elie. Dans les mois qui suivirent, le régime resserra encore plus sévèrement sa pression sur saint Kirion. En 1908, il fut accusé d'avoir conspiré dans l'assassinat de l'exarque Nikon, privé du rang d'évêque, et arrêté. Cet acte perfide réveilla l'indignation non seulement du peuple géorgien, mais des fidèles de Russie. Même les forces démocratiques en Europe fondèrent une société pour la protection des droits de l'évêque Kirion et recueillirent des signatures pour exiger sa libération de prison. L'évêque lui-même porta humblement la croix de sa persécution et consola ses sympathisants avec les mots du  grand poète géorgien Chota Rustavéli: "Pas une seule rose n'est cueillie dans ce monde sans épines." Nous devons supporter notre souffrance avec amour, car la souffrance est le fruit de l'amour et dans la souffrance, nous trouverons notre force! "

En l'an 1915, le régime avait cessé de persécuter saint Kirion. Il lui rendirent  l'évêché et l'élevèrent au rang d'archevêque de Polotsk et Vitebsk en Russie occidentale. Toutefois il ne fut pas autorisé à retourner dans sa patrie.

En Mars 1917, l'Eglise orthodoxe apostolique géorgienne déclara son autocéphalie restaurée. A la demande incessante du peuple géorgien, saint Kirion retourna finalement dans sa patrie. Cent vingt cavaliers vinrent l'accueillir dans la Gorge d'Aragvi (le long de la route militaire géorgienne) et l'escortèrent respectueusement vers la capitale. A Tbilissi saint Kirion fut accueilli avec grand honneur.

En Septembre 1917, le Saint Synode de l'Eglise orthodoxe géorgienne intronisa l'évêque Kirion comme Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie. Lors de la cérémonie d'intronisation à la cathédrale de Svétitskhovéli, saint Kirion s'adressa aux fidèles: "Ma bien-aimée patrie, nation protégée par la Très Sainte Génitrice de Dieu, purifiée dans la fournaise de tribulations et de souffrances, lavée dans ses propres larmes: je me tourne vers toi, ayant été séparé de toi, après t'avoir cherché, ayant eu de la peine pour toi, après t'avoir cherchée et maintenant je suis revenu, non pas comme un fils prodigue, mais comme ton confident et la conscience de ton Église.

"Je sais que dans votre esprit vous vous demandez tous, '"qu'a-t-il ramené avec lui? Avec quel onguent va-t-il guérir ses blessures? Comment pourrait-il  se consoler dans sa tristesse? Considérez mes paroles: Il n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude (Matthieu 20,28). Moi, de même, je ne suis pas venu en tant que mercenaire, mais comme un fils fidèle et obéissant! "

Peu après, qu'il ait été intronisé, saint Kirion adressa un appel à tous les patriarches orthodoxes du monde dans lequel il décrivait en détail l'histoire de l'Eglise géorgienne et demandait une reconnaissance officielle de son autocéphalie.

Le 26 mai 1918, la Géorgie déclara son indépendance. Le lendemain, le Catholicos-Patriarche Kirion II présida pendant un service d'action de grâces. Le Pasteur en chef  et son troupeau se réjouissaient de la restauration de l'autocéphalie de l'Église géorgienne et de l'indépendance de l'Etat géorgien, mais dès le début ils percevaient l'imminence du danger bolchevique. La révolution socialiste, montrant maintenant son vrai visage, posait une grave menace à la jeune république et à son Église.

Le 27 Juin 1918, le Catholicos-Patriarche Kirion II fut retrouvée assassiné dans la résidence patriarcale au monastère de Martqopi. L'enquête fut une simple formalité et les coupables ne furent jamais retrouvés. Des rumeurs furent même répandues selon lesquelles saint Kirion s'était suicidé.

Lorsque le Saint-Synode de l'Eglise orthodoxe apostolique géorgienne fut convoqué le 17 octobre 2002, il canonisa le saint hiéromartyr Kirion et lecompté parmi les saints.

Que tes calomniateurs soient couverts de honte, car la nation t'avait choisi pour être son guide sur le chemin nouvellement tracéé. Ô toi qui as souffert de la trahison de l'ennemi et qui brilles pour l'éternité, saint hiérarque Kirion, prie Dieu pour le salut de nos âmes!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+


Vénérable Père Georges (Giorgi) de la Sainte Montagne († 1065)

St. Giorgi of the Holy Mountain

Mémoire le 27 juin/10 Juillet



La famille de saint Georges (Giorgi) avait ses racines dans la région de Samtskhe dans le sud de la Géorgie. Georges est né en Trialeti des pieux Jacques (Iakob) et Marie (Mariam).

Quand Georges atteignit l'âge de sept ans, la sage higoumène Sabine (Sabiana) craignant Dieu du monastère de Tadzrisi en Samtskhe le prit en sa garde. Georges passa trois ans à Tadzrisi, et quand il eut dix ans, son père l'envoya au monastère de Khakhouli, vers ses propres  frères saint Georges (Giorgi) le Scribe et  Sabbas (Saba).

Peu de temps après, le prince Peris Jojikisdzé de Trialeti invita l'oncle de Georges, Georges le Scribe, à demeurer avec lui, et l'oncle de Georges prit son jeune neveu avec lui. Mais l'empereur byzantin Basile II par la suite convoqua Peris et sa famille à Constantinople, l'accusa d'avoir conspiré contre le trône, et le fit décapiter. (À ce moment, Trialeti était sous la juridiction de Byzance.) La fidèle épouse de Peris resta à Constantinople pendant douze ans et envoya le jeune Georges étudier avec les meilleurs philosophes et rhéteurs de l'époque.

Finalement, l'empereur Basile fut ému de compassion pour la famille du prince et lui permit de retourner en Géorgie. Georges, âgé de vingt-cinq ans retourna au monastère de Khakhouli et "soumit son cou au doux joug de la vie monastique."

Plus tard Georges quitta secrètement le monastère et, vêtu de haillons de mendiant, se rendit à Jérusalem. Après avoir enduré de nombreuses privations et surmonté un grand nombre d'obstacles, il atteignit la Montagne Noire près d'Antioche et, après avoir vénéré les lieux saints et rendu visite à plusieurs startsy, il commença à chercher un père spirituel et un guide. Il trouva le grand staretz géorgien saint Georges (Giorgi) le Reclus (le théophore) dans une grotte isolée et resta avec lui pendant trois ans.

Alors saint Georges le Reclus tonsura son disciple, "qui avait atteint la perfection de l'âge, la sagesse et la compréhension", dans le grand schème et il l'envoya en pèlerinage à Jérusalem.

Selon le conseil de son maître, Georges déménagea ensuite de Jérusalem au monastère d'Iviron sur le Mont Athos pour continuer l'œuvre de saint Euthyme (Ekvtime): la traduction de textes théologiques du grec en langue géorgienne. Georges se considérait indigne et sans qualification pour poursuivre la grande œuvre de saint Euthyme, mais saint Georges le Reclus insista, alors il partit pour le Mont Athos par une humble obéissance.

Les moines du monastère d'Iveron  reçurent saint Georges avec grande joie. Mais au lieu de traduire les textes patristiques comme son père spirituel le lui avait conseillé, Giorgi devint paresseux et pendant sept ans n'effectua que le travail d'un novice. Lorsque saint Georges le Reclus entendit cela, il envoya son disciple Théodore (Tevdore) au Mont Athos pour lui faire des reproches et lui rappeler la raison pour laquelle il y avait été envoyé. Enfin Georges de la Sainte Montagne obéit à la volonté de son maître, et bientôt il fut intronisé comme higoumène du monastère.

A partir de ce moment-là, saint Georges de la Sainte Montagne poursuivit son œuvre avec beaucoup de sérieux. Il recueilli des informations sur saint Euthyme (Ekvtime) et saint Jean (Ioane), compila leurs vies, transféra leurs saintes reliques pour orner des caveaux couverts de bijoux précieux, et améliora la vie du monastère de nombreuses autres façons.

Lors d'une visite à l'empereur byzantin Constantin Monomaque, le roi géorgien Bagrat IV Kouropalates offrit à Georges la possibilité de retourner en Géorgie pour être consacré évêque de Tchqondidi et lui servir de conseiller spirituel. Mais Georges déclinait, s'étant déjà  retiré loin de la vanité du monde.

Etre à la tête du monastère était une tâche exigeante, et Georges fut forcé de choisir entre son œuvre littéraire et la vie du monastère.

Il démissionna comme higoumène et revint vers saint Georges le Reclus pour demander conseil. Mais son professeur le bénit pour qu'il retourne au monastère d'Iviron, donc Georges repartit pour le Mont Athos.

Le roi craignant Dieu Bagrat IV Kouropalates, continua à demander à saint Georges de revenir en Géorgie, et finalement il consentit à la volonté du roi et du Catholicos. Conformément à leur demande, le pieux Père institua des orientations générales pour les qualifications et la conduite du clergé et il administra sagement les affaires de l'Église.

Cinq ans plus tard, saint Georges retourna au monastère d'Iviron. Avant son départ, le roi Bagrat lui donna beaucoup de ses propres richesses et lui dit adieu avec un grand respect.

En partant pour le Mont. Athos, le bienheureux Georges prit avec lui quatre-vingts orphelins.

En route, il s'arrêta à Constantinople, et sentant que le jour de son repos en Christ était proche, il s'arrangea pour que les orphelins soient reçus à la cour de l'empereur. Il demanda personnellement que l'empereur prendre des dispositions pour les enfants orphelins.

Le vénérable Georges de la Sainte Montagne reposa paisiblement en Christ le lendemain, fête des saints Apôtres Pierre et Paul. Avec grande vénération, ses frères athonites l'enterrèrent sur le terrain du monastère.

Ô sage Georges, comme les douze soleils qui illuminenèrent le monde, tu as brillé avec la lumière de la théologie, et le Christ notre Dieu a glorifié ta mort pour la fête de Ses disciples. Parmi eux, nous te glorifions et nous implorons ta sainte protection!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006

mardi 4 juillet 2017

Saints martyrs royaux Archil et Louarsab (†1622)


Holy Royal Martyrs Luarsab and Archil


Mémoire le 21 juin/ 4 juillet




Lorsque le chef militaire musulman Marwan bin Muhammad (appelé "le sourd") assiégea la Géorgie au début du 8ème siècle, un certain Mir, frère aîné d'Archil, régnait sur Kartli. Les armées de l'impitoyable envahisseur pillèrent tout sur leur passage. Voyant cela, les frères couronnés Mir et Archil fuirent vers la Géorgie occidentale, et priant avec ferveur Dieu et la Très Sainte Génitrice pour avoir leur aide, ils se préparèrent pour la bataille.



Le Seigneur entendit les prières des frères emplis de foi: Une nuit, la Très Sainte Vierge apparut à saint Archil et lui dit: "Lève-toi, prends les armes contre les incroyants, car les saints anges seront tes compagnons et le Seigneur Dieu sera à vos côtés! "



Faisant confiance au Seigneur et à la grâce de la Très Sainte Génitrice de Dieu, Mir et Archil attaquèrent le camp de l'armée avec leur propre petite force et ils réussirent à chasser l'ennemi. Alors Dieu envoya une forte tempête de pluie, et la rivière déborda et noya les incroyants alors qu'ils traversaient. Le peu qui resta vivant fit son chemin vers la mer, dans l'espoir de parvenir à Constantinople, mais la main droite du Très-Haut les noya dans les eaux de la mer.



Le roi Mir, blessé dans la bataille et sa santé déclinant, désigna son frère Archil comme héritier du royaume géorgien. Archil resta à Kutaisi pendant douze ans, en luttant sans relâche pour réunifier son pays. Ayant libéré Kartli, le roi Archil commença à réunir les régions de Kakhétie, Tianeti, Egrisi, Abkhazeti et Samtskhe-Javakheti. Durant son règne, l'occupation arabo-musulmane ne s'étendit pas plus loin que Tbilissi et Mtskheta.



Alors que le pays qu'avait détruit Marwan se remettait encore, une nouvelle génération d'envahisseurs musulmans, sous la direction du Tchitchoum Asim, [1] ravagea Kartli et commença à marcher vers la Kakhétie. Saignant encore de ses blessures antérieures, la Géorgie n'eut pas la force de résister.



Le saint roi Archil décida de donner sa vie pour le peuple chrétien, et il se rendit auprès du chef musulman pour plaider pour une trêve. Tchitchoum Asim reçut le roi Archil respectueusement, mais il fut vite tenté de le tromper avec des discours flatteurs, et il exigea que le roi se convertisse à l'islam. Voyant clairement à travers la ruse du Tchitchoum, saint Archil lui dit: "Si j'écoute tes paroles, je vais souffrir la condamnation éternelle. Notre Dieu et Sauveur s'est sacrifié pour notre rédemption, donc je n'ai aucune raison de craindre la mort. Si tu choisis de me tuer, je me lèverai comme notre Seigneur et je Le glorifierai à nouveau! "



Le Tchitchoum furieux ordonna à ses serviteurs de jeter le roi Archil en prison et de le torturer pour sa foi sans compromis. Peu de temps après, un  musulman d'Arménie arriva. Il voulait se venger de prétendus torts causés à sa famille par l'un des ancêtres d'Archil. C'est pourquoi il chercha à trahir le juste roi en informant le Tchitchoum qu'Archil était issu de la lignée royale qui comprenait les rois Mirian et Vakhtang Gorgasali. En outre, il dit au Tchitchoum qu'Archil savait où le roi de Kartli Mir et l'empereur byzantin Héraclius avaient caché leurs richesses.



Le Tchitchoum convoqua le roi et lui dit: "Auparavant, j'admirais à la foispour ta gentillesse et ta beauté. Car je te considérais comme le plus avenant des hommes. Et maintenant, on m'a dit que tu es un descendant de la dynastie des grands Chosroïdes. Par conséquent, si tu m'obéis, tu jouiras d'une plus grande estime devant moi que quiconque. Ton royaume sera à toi, et le trésor de tes ancêtres te sera restitué une fois de plus. Dis-moi où les trésors de l'empereur grec Héraclius ont été enterrés, et ensuite convertis-toi à notre foi. Alors, tu seras comme nous, un fidèle du grand prophète Mahomet".



Saint Archil répondit à ce discours trompeur: "Je ne sais rien de l'endroit où le trésor grec fut caché, car j'étais très jeune quand Héraclius défila dans notre pays. Quant à mon père et mon frère, ils ont caché leur trésor dans la forteresse que Marwan a assiégée. Depuis ces derniers temps ce trésor a été conservé dans le pays des Grecs. Et en réponse à ta deuxième demande - de me convertir à ta foi, je te dis que je ne renierai jamais mon Seigneur, et je n'échangerai pas la vie éternelle future pour celle-ci qui passe rapidement ".



"Étais-tu là quand les Arabes ont été vaincus en Abkhazeti?" demanda Asim furieux.



Avec beaucoup de courage et de sang-froid, saint Archil répondit: " Le Donateur de Vie et Dieu créateur du ciel et de la terre  descendit du ciel pour sauver l'humanité et par sa mort pour tuer nos tueurs, nous accordant l'immortalité. Lui, le Tout-Puissant et victorieux, les renversa et les écrasa bien avant mon temps. "



Le Tchitchoum outragé Asim  hurla: "Si vous n'as pas envie de vie et de prospérité et que tu préféres espérer en celui qui est mort, il est approprié que tu meures!"



Les serviteurs du Tchitchoum escortèrent ensuite le roi vers son exécution. Le roi Archil demanda quelques minutes pour prier. Il s'agenouilla, leva les mains et remercia le Créateur, et pria notre Sauveur pour la protection de son Eglise et l'affermissement de la foi chrétienne en Géorgie. Puis il pria pour sa famille et pacifiquement, il inclina la tête devant les bourreaux.



La nuit, les serviteurs dévoués du roi vinrent en secret et volèrent le corps du saint martyr. Avec grand honneur ils enterrèrent ses saintes reliques dans l'église de Notkora, qu'il avait lui-même construite. Ceci advint en l'an 744. [2]


+
Saint Louarsab était le seul fils du roi Georges (Giorgi) X de Kartli. En l'an 1606 Louarsab fut couronné roi, à l'âge de quatorze ans. Dans la même année, Giorgi III d'Iméréthie (1606-1639) et Teimuraz I de Kakhétie (1606-1668) furent également couronnés rois.



En 1609, les Turcs et les Tatars de Crimée attaquèrent Kartli sans avertissement. A cette époque, le roi Louarsab était dans sa maison d'été, et il est probable qu'il aurait péri dans l'invasion sans le prêtre héroïque Théodore (Tevdore). Père Théodore trompa l'armée de l'ennemi en les conduisant dans la direction opposée du château de Tskhireti, et il gagna ainsi suffisamment de temps au roi Luarsab pour qu'il rassemble ses troupes et anéantisse les envahisseurs près de Tashiskari. le roi Louarsab avait seulement dix-sept ans à l'époque.



Pendant ce temps, le chef persan Shah Abbas I complotait pour capturer l'est de la Géorgie. Le Shah Abbas promit à Teimuraz tout le pays de Kartli en contrepartie de l'assassinat du roi Louarsab. De même, il offrit à Louarsab toute la Kakhétie en contrepartie de l'assassinat du roi Teimuraz. Mais les jeunes rois furent prompts à reconnaître le plan pervers du Shah et, selon la volonté de Dieu, la Géorgie fut sauvé de fratricide.



Shah Abbas, alarmé par la concorde entre les rois géorgiens, décida de les éliminer tous deux d'un seul coup: il invité les rois à aller à la chasse et complota pour les tuer pendant la chasse. Mais encore une fois les jeunes rois reconnurent les véritables intentions du Shah, et ils se jurèrent l'un à l'autre de "donner leurs âmes pour le Christ." Ils refusèrent l'offre du shah et proposèrent à la place de se réunir en confrontation ouverte. Ayant perdu le combat, ils s'enfuirent en Iméréthie, où le roi Georges (Giorgi) les reçut avec beaucoup de joie.



Le Shah Abbas dévasta les régions déjà dévastées de Kartli et Kakheti, puis campa près de Gori etexigea  du roi Georges qu'il livre Louarsab et Teimuraz. Quand le roi Geoges refusa, le shah perfide eut recours à un autre plan: il convoqua le précepteur de Louarsab, le Prince Shadiman Baratachvili, et le chargeade trouver et de livrer l'insaisissable roi Louarsab.


Avec des lèvres flatteuses et la langue menteuse, le Shah Abbas réussit à amener le jeune roi devant lui. Il nomma un nouveau chef pour Kartli et commanda une armée pour protéger la région. Le vaillant et fidèle roi Louarsab savait qu'il ne serait pas épargné par le sanguinaire Abbas, et il lutta pour supporter ses tribulations avec dignité et sang-froid, pour la gloire de Dieu.



Bientôt, le Grand Carême arriva, et le Shah Abbas prévit une fête somptueuse. Il ordonna secrètement qu'une assiette de poisson soit apportée pour Louarsab, mais le pieux roi n'y toucha pas. Au contraire, il dit à son oppresseur: "Aujourd'hui, tu veux que je rompe mon jeûne en mangeant du poisson, demain tu vas me proposer de la viande, et enfin tu vas exiger que je renonce à la foi chrétienne!"



Comme prévu, le Shah exigeque Louarsab renie le Christ et reconnaisse Allah comme Dieu, mais le roi lui répondit courageusement, en disant: "Je ne vais répondre à ton ordre pour rien au monde. J'ai été baptisé au Nom de Jésus-Christ et c'est en Lui seul que je croirai! "Le roi fut arrêté, escorté à Shiraz, et emprisonné. Pendant sept ans, un groupe de mollahs vint à lui tous les jours pour le convaincre de se convertir à l'islam et "épargner sa jeunesse", plutôt que de subir la torture et la mort. A la fin, le Shah Abbas se rendit compte que tous ses efforts avaient été vains, et il ordonna l'exécution de Louarsab.



Le saint roi martyr Louarsab fut étranglé à mort avec une corde. Cette nuit-là une lumière brillante illumina son corps sans vie, et le lendemain, ses reliques furent enterrées dans la cour de la prison. Cela s'est produit en 1622, lorsque saint Louarsab avait trente-cinq ans.



Mille ans séparent la vie de saint Archil et de saint Louarsab, mais l'Eglise géorgienne a jugé bon de les commémorer le même jour. Le Patriarche-Catholicos Léonide († 1921) a écrit des destins similaires des deux rois: "Notre nation épuisée et longanime éprouve toujours la même douleur, combat toujours le même combat." Il déplora que les saintes reliques de saint Louarsab soient encore en Perse et que l'emplacement de la tombe de saint Archil soit inconnue de l'Eglise aujourd'hui.



Ô saints rois martyrs orthodoxes Archil et Louarsab, suppliez le Christ afin que Dieu nous délivre de toute iniquité!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006



[1] Apparemment, c'est Khuzaim bin Khazim, le vice-roi du calife d'Arménie.



[2] Les historiens sont divisés quant à la date du martyre de saint Archil. Pour une étude complète de la question, voir Cyril Toumanoff, Studies in Christian Caucase Histoire (Washington DC: Georgetown University Press, 1963), pp 394-95.

vendredi 30 juin 2017

Saint martyr Shalva d'Akhaltsikhe († 1227)


Holy Matyr Shalva of Akhaltsikhe

Mémoire le 17/30 Juin

Saint Shalva [nom signifiant Tranquillité en géorgien] d'Akhaltsikhe fut un brillant commandant militaire dans l'armée de la reine Tamara et Prince d'Akhaltsikhe. Après sa victoire à Shamkori dans la région de Ganja, Shalva emporta avec lui le drapeau du calife, comme signe de l'invincibilité de la foi chrétienne, et le donna, avec la richesse qu'il avait gagnée, comme  offrande à l'Icône de la Mère de Dieu de Khakhouli. Pour son service désintéressé, la reine Tamara lui décerna le grade de commandant en chef de l'armée géorgienne.

Pendant le règne de la fille de la reine Tamara Rousoudan (1222-1245), les armées du Sultan Jalal al-Din firent irruption en Géorgie. Rousoudan rallia les forces géorgiennes et nomma un nouveau commandant en chef du nom de Jean (Ioane) Atabeg.

 Six mille Géorgiens affrontèrent une armée musulmane de deux cent mille hommes près du village de Garnisi. Le commandement de la garde fut confié aux braves et valeureux frères Shalva et Jean (Ioane) d'Akhaltsikhe, tandis que Jean Atabeg resta avec le corps principal de l'armée pour la bataille décisive.

L'avant-garde se battit courageusement, bien que l'armée de l'ennemi la dépassât largement en nombre. Les frères se battirent avec une grande dévotion, dans l'espoir d'un soutien du commandant en chef, mais Jean Atabeg fut saisi d'envie - plutôt que de peur - et ne leur offrit jamais son aide. "Ô envie, source de tous les maux!" Écrivit un chroniqueur de l'incident.

L'ennemi dévasta l'armée géorgienne, tuant quatre mille de ses plus vaillants soldats. Parmi eux se trouvait Jean d'Akhaltsikhe, dont le frère Shalva fut capturé et livré comme esclave à Jalal al-Din.

 Jalal al-Din fut ravi d'avoir le célèbre soldat et chef militaire amené devant lui. Il le reçut avec l'honneur approprié, lui offrit des villes de grande richesse, et lui promit plus s'il acceptait de se convertir à l'islam.

Jalal al-Din chercha avec beaucoup de persévérance à convertir Shalva à l'islam, mais ses efforts furent vains: Shalva ne se laissa pas convertir, et rien au monde ne pouvait le faire changer d'avis. Alors, le sultan ordonna qu'il soit torturé à mort.

Après que des heures de tourment ne réussirent pas à le tuer, les serviteurs de Jalal al-Din jetèrent le martyr à moitié mort en prison, où il reposa plus tard en Christ.

Par l'intercession et la protection de ton saint martyr Shalva, ô Dieu de miséricorde, purifie-nous de la multitude de nos péchés!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006