Biographies des héros spirituels de la terre de Géorgie, moniales, moines, ascètes, martyrs, clercs ou laïcs qui ont fait briller sur elle la Lumière du Christ!

lundi 23 avril 2018

LES SAINTS MARTYRS DU MONASTERE DE KVABTAKHEVI (†1386)




Mémoire le 10/23 avril


Au XIVè siècle, durant le règne du Roi Bagrat V (1360-1394) Tamerlan envahit la Géorgie à sept reprises. Ses troupes infligèrent des dommages irréparables au pays, en s'emparant de trésors séculaires et en détruisant d'anciennes églises et d'anciens monastères.
Les armées de Tamerlan ravagèrent Kartli [la Géorgie], puis enlevèrent le roi, la reine et toute la cour royale comme captifs pour les envoyer au Karabakh, l'actuel Azerbaïdjan. Plus tard, Tamerlan essaya d'entraîner le Roi Bagrat à renoncer à la foi chrétienne, contre la promesse de retourner sur le trône et la libération des autres prisonniers géorgiens.Longtemps, Tamerlan ne put subjuguer le roi Bagrat, mais, à la fin, impuissant et isolé de sa famille le roi commença à vaciller. Il imagina une ruse: confesser l'islam devant l'ennemi, mais rester chrétien dans son cœur. Satisfait de la décision du roi Bagrat de "se convertir à l'islam", Tamerlan permit au roi de retourner sur le trône de Kartli. A la demande du roi Bagrat, Tamerlan envoya avec lui une troupe de douze mille hommes pour achever cette conversion à l'islam de son pays. Or, Lorsqu'ils approchèrent du village de Khounani, dans la Géorgie du Sud-Est, Bagrat informa secrètement son fils de tout ce qui était arrivé et lui demanda avec son armée d'anéantir les envahisseurs.
La nouvelle de la trahison de Bagrat et de la ruine de son armée, rendirent furieux Tamerlan qui voulut immédiatement se venger. Au commandement de leur chef, ses séides détruisirent tout sur leur passage, incendiant les villes et les villages, dévastant les églises pour se mirent ainsi en chemin vers le monastère de Kvabtakhevi. Moines et laïcs ensemble furent rassemblés à Kvabtakhevi quand l'ennemi y entra avec fracas. Ayant forcé les portes, les attaquants se précipitèrent dans le monastère et pillèrent et s'emparèrent de tous ses trésors. Ils capturèrent ceux qui étaient jeunes et forts et les emmenèrent.
Les vieillards et les infirmes furent passés au fil de l'épée. Pour humilier le clergé et les moines, ils les attachèrent avec des courroies de traineau munies de clochette et se mirent à sauter et danser autour d'eux. Déjà enivrés du sang qu'ils avaient versé, les barbares donnèrent un ultimatum à ceux qui restaient: soit renoncer au Christ et vivre, ou bien être conduits à l'église pour y être brûlés vifs.
Face à ce choix, les fidèles s'écrièrent. "Allez-y, brûlez notre chair, dans le Royaume des Cieux, nos âmes brûleront avec une flamme divine plus brillante que le soleil!" Et dans leur grande humilité, les martyrs demandèrent que leur martyre ne soit pas donné en spectacle:" Nous vous demandons seulement de ne pas commettre ce péché aux yeux des hommes et des anges. Le Seigneur seul connaît la sincérité de notre volonté, et nous réconforte dans nos afflictions justifiées!“Ayant été conduits comme des bêtes dans l'église, les martyrs firent s'élever une dernière prière vers Dieu: " Mais moi, par Ta grande miséricorde, je vais à Ta maison, je me prosterne dans Ton saint temple avec crainte. O Seigneur, conduis-moi dans Ta justice, à cause de mes ennemis, aplanis Ta voie sous mes pas...(Psaume 5:8–9) afin qu'avec un esprit pur, je puisse à jamais Te glorifier.
Les bourreaux apportèrent de plus en plus de bois, jusqu'à ce que les flammes enveloppant l'église montent aux cieux et que l'écho du bois qui craquait résonne jusque dans les montagnes. Pris au piège dans un cercle de feu, les bienheureux martyrs chantaient des psaumes tandis qu'ils rendaient l'esprit au Seigneur. Le Massacre de Kvabtakhevi eut lieu en 1386. L'empreinte des corps calcinés des martyrs reste visible sur le sol de l'église jusques à ce jour.

Eglise de Khvabtakhevi en Géorgie du Sud


Défenseurs de nos bonnes actions et aide prompte de ceux qui font appel à vous, ô saints martyrs du monastère de Kvabtakhevi intercédez auprès du Christ Dieu pour qu'il ait pitié de nos âmes.


Les saints martyrs sont fêtés par l'Eglise Géorgienne le10/23 Avril.

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints 
Saint Herman of Alaska Brotherhood 
Platina, California, 2006
+

dimanche 15 avril 2018

SAINT GIORGI D'ATSQOURI (9e-10e SIÈCLES)


Fête le 2/15 avril


Peu de détails biographiques sur saint Georges (Giorgi) d'Atsqouri ont été conservés dans les écrits des célèbres hagiographes géorgiens du 10ème siècle Georges (Giorgi )Merchule et Basile de Zarzma.

Saint Georges d'Atsqouri vécu à la fin du 9e siècle et au début du 10e siècle. Membre de la pieuse famille aristocratique Chouartqeli, saint Georges fut élevé et éduqué dans les environs du célèbre monastère Opiza de Klarjeti, en Géorgie.

Quatre ans après la mort du grand seigneur féodal Georges (Giorgi) Tchortchaneli, saint Georges lui succéda comme gouverneur de la région de Samtskhe.

A cette époque, un âpre conflit naquit pour savoir qui était l'héritier légitime de l'héritage de Tchortchaneli.

Alors qu'il était le gouverneur politique en chef de Samtskhe, saint Georges dirigea également avec sagesse la vie spirituelle de la région, administrant le diocèse ancien d'Atsqouri pendant de nombreuses années. Selon la tradition, le diocèse d'Atsqouri fut fondé par le saint Apôtre André le Protoclyte (Premier-appelé), qui y laissa l'icône de la Très Sainte Génitrice de Dieu "Non-faite-de-mains-d'homme" (connue sous le nom d'icône de la Mère de Dieu d'Atsqouri) comme offrande à l'Eglise géorgienne.

Ruins of Atsquri fortress.


Ruines de la forteresse d'Atsqouri.

Bien que ses œuvres littéraires n'aient pas été conservées, saint Georges est également commémoré comme un grand écrivain de l'Eglise.

Dans son livre La Vie de Saint Grigol de Khandzta, saint Georges (Giorgi ) Merchoule note que saint Georges d'Atsqouri fit quelques unes des contributions les plus significatives aux écrits biographiques sur saint Grigol (Grégoire) de Khandzta.

Saint Georges d'Atsqouri était un proche compagnon de saint Sérapion de Zarzma. Il était présent à son enterrement et contribua grandement à ses écrits hagiographiques sur sa vie et ses œuvres.

Le Seigneur Dieu t'a éclairé, ô Saint hiérarque Georges, et t'a placé sur les hauteurs pour rayonner comme une lampe brillante. Illumine-nous toi aussi, nous le peuple chrétien!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

samedi 14 avril 2018

VÉNÉRABLE JEAN (IOANE )DE SHAVTA, ÉVÊQUE DE GAENATI ET EULOGE (EVLOGI) LE PROPHETE FOL-EN-CHRIST (13ème siècle)



Fête le 1/14 avril

Le grand hymnographe géorgien, philosophe et orateur saint Jean (Ioane) de Shavta œuvra aux 12e et 13e siècles, durant le règne de la sainte reine Tamar. Peu de détails de sa vie ont été conservés, mais nous savons qu'il reçut sa formation à l'Académie de Gelati, où il étudia la théologie, l'histoire ancienne et l'arabe, la philosophie et la littérature. Il fut ensuite tonsuré moine et œuvra au monastère de Vardzia.

Lorsque l'armée géorgienne sous le commandement de l'époux de la reine Tamar, David (Davit) Soslan, entra dans la bataille [1] avec le sultan Roukn al-Din, la reine Tamar se rendit au monastère d'Odzrkhe  pour prier afin d'avoir de l'aide. Le Catholicos Théodore (Tevdore) de Kartli et de nombreux hiérarques et moines l'accompagnèrent là-bas. Parmi eux, saint Jean de Shavta s'imposa comme un sage théologien et philosophe et un brillant hymnographe.

Pendant la liturgie au monastère d'Odzrkhe un miracle se produisit: doté par Dieu du don de prophétie, saint Euloge (Evlogi) le fol-en-Christ tomba à genoux, leva les mains vers le ciel et s'écria: "Gloire à Dieu! Puissant Christ!... Ne craignez pas les Perses, mais allez plutôt en paix, la miséricorde de Dieu est descendue sur la maison de Tamar! "

Les paroles d'Euloge étaient clairement une révélation divine. Saint Jean de Shavta se tourna vers la reine Tamar, se réjouissant: "Votre Altesse! Le Tout-Puissant a fait connaître notre victoire par la guerre de la bouche d'un fol-en-Christ "Euloge confia son secret à saint Jean: déguisé en fou, il avait étouffé son don de Dieu. Mais maintenant, il semble que le don était devenu évident pour tous, alors Euloge disparut rapidement hors de vue pour échapper à l'attention du peuple.

Saint Jean de Shavta composa ses "Hymnes à la Génitrice de Dieu de Vardzia" en action de grâces pour la victoire de la Géorgie à la bataille de Basiani.

Il est également reconnu comme compositeur de "Abdul-Messie", [2] une ode célèbre à la sainte reine Tamar.

Notre Père saint Jean de Shavta vécut jusqu'à un âge avancé et fut glorifié comme saint peu de temps après son repos en Christ.

Ô très honorable et saint hiérarque Jean de Shavta divinement vêtu, Euloge le Fol-en-Christ, priez Dieu pour la paix et la perfection de nos corps et de nos âmes, et permettez-nous de glorifier Sa bonté!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

jeudi 5 avril 2018

Vénérable Jean (Ioane) de Manglisi († 1751)



Fête le 28 Mars/5 Avril


Saint Jean (Ioane Saakadzé) de Manglisi est né en 1668 et il fut spirituellement nourri dans le désert de Davit-Gareji. Exceptionnel dans la vertu, Jean fut rapidement ordonné hiéromoine, et peu de temps après sacré évêque de Manglisi.

En 1724, saint- Jean quitta Davit-Gareji pour Derbend, au Daghestan, où il construisitt une église en bois et commença à prêcher le christianisme parmi les populations locales. Il œuvra là-bas avec onze autres pieux croyants. la vie humble de saint Jean et les miracles qu'il accomplit attirèrent l'attention des Daghestanais musulmans, et même le gouvernement prit acte de son infatigable activité évangélique.

A cette époque, le roi géorgien Vakhtang VI (1703-1724) et le tsar Pierre le Grand de Russie correspondaient régulièrement à propos de l'évangélisation de la côte Caspienne. Les deux rois reconnurent l'importance de l'activité de saint Jean dans cette question, et ils contribuèrent généreusement à ses efforts. Avec leur aide, saint Jean construisit une église en l'honneur de la Nativité de la Mère de Dieu et une autre en l'honneur de la mégalomartyre Catherine.

En 1737, Jean laissa ses disciples au Daghestan et se rendit en Astrakhan, près de l'endroit où la Volga se jette dans la mer Caspienne. Il y construisit une église en l'honneur de saint Jean l'Evangéliste, qui fut convertie en monastère en 1746. L'Archimandrite Germain, un des disciples de saint Jean, fut élevé au rang d'higoumène de ce monastère.


Cathédrale de Manglisi

Tandis qu'il était en Astrakhan, saint Jean découvrit que de nombreux Géorgiens de souche passaient par la ville de Kizliar en Ossétie, mais ils n'avaient pas d'église pour célébrer les offices divins. Donc, il se rendit à Kizliar et, avec l'aide de ses parents, il construisit une église et  ouvrit à proximité une école préparatoire pour le clergé.

Le 28 Mars, 1751, saint Jean reposa en Christ à Kizliar, à l'âge de quatre-vingts ans. Il fut enterré dans l'église qu'il avait lui-même construite.

Plus tard, par ordre du roi Teimuraz II (1744-1761), les reliques myrrhoblytes de saint Jean furent transférées à Tbilissi et enterrées dans la cathédrale de Sioni, en face de l'icône de la Mère de Dieu de Manglisi.

Ô saint hiérarque Jean, qui es revêtu de divinité, protège-nous par ta grâce et intercéde auprès du Christ Dieu pour sauver nos âmes!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

vendredi 30 mars 2018

Vénérable Hiéromartyr Gabriel le Minime († 1802)


Fête le 17/30 Mars

Saint Gabriel le Minime fut une figure majeure de l'Eglise géorgienne du XVIIIe siècle. Peu de détails de sa vie sont connus, mais il est évident que l'éducation qu'il reçut était assez bonne pour la période. Penchant vers la vie monastique, mais vivant encore dans le monde, Gabriel essaya par tous les moyens de se couper de la vanité du monde. Il tenait un petit atelier de couture à Tbilissi et distribuait la plupart de ses bénéfices aux pauvres.

Un jour, saint Gabriel abandonna son entreprise et il partit pour le désert de Davit-Gareji, où il fut tonsuré moine.

Saint Gabriel occupait une bonne partie de son temps à l'écriture, et ses œuvres ont laissé une marque importante dans la littérature spirituelle de la Géorgie. Il compila plusieurs collections de textes patristiques, et il écrivit également des œuvres originales de nature théologique. Ses écrits originaux comprennent une Explication de la Liturgie Pontificale, qui décrit en détail la signification de chaque partie du service, des Histoires Spirituelles des Pieux, La vie et les labeurs de Vénérable Moine Mégaloschème Onisphore, une Courte Histoire de Porphyre, et ses écrits sur le Nomocanon du Sixième Concile Œcuménique.

Parmi les frères de son monastère, saint Gabriel se distingue par une remarquable capacité d'amour et un désir ardent d'aider les autres: il les aidait tous, s'occupait de tous, et les encourageait tous.

Pendant le Grand Carême de 1802, un certain archidiacre vint de Tbilissi au monastère de Davit-Gareji, désirant se rapprocher de la vie ascétique. Après un certain temps, cependant, il devint impatient de voir sa famille et décida de rentrer chez lui. Saint Gabriel l'accompagna sur son chemin, mais les deux hommes furent soudainement assaillis par des Daghestanais, et le saint père fut tué. Les frères rapportèrent ses reliques au monastère et les y enterrèrent avec grand honneur.

Saint Père Gabriel le Minime, ô étoile très brillante, prie Dieu pour nous!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

jeudi 29 mars 2018

Vénérable Père Pimène, Fol-en-Christ et Illuminateur du Daghestan, et son compagnon Antoine (Anton) Meskhi, le réprimandeur des rois ( XIIème siècle)

Saint Pimène ( à gauche)
et son compagnon Anton Meskhi

Fête le 16/29 Mars

Saint Pimène le Fol-en-Christ et Anton Meskhi (de Meskheti, dans le sud de la Géorgie) vécurent au 13ème siècle, lorsque les Mongols envahissaient régulièrement la Géorgie. Le pays tout entier, et l'Eglise en particulier, languissaient sous le joug de l'oppression mongole. Le peuple géorgien fut une fois de plus confronté à un choix terrible: préserver leur chair temporelle ou obtenir le salut spirituel. La plupart des gens ne cédèrent pas à la tentation de l'ennemi et choisirent plutôt de mourir en martyrs pour le Christ.

A cette époque, un moine nommé Pimène, un fol-en-Christ, œuvrait dans le désert de Davit-Gareji. Ses racines ancestrales étaient dans la région de Kakhétie dans l'est de la Géorgie. Pimène réprimandait les rois et condamnait les actes injustes et immoraux de la noblesse. Le pieux moine Anton Meskhi œuvrait avec lui.

Éclairés par la grâce divine, les pères reconnaissaient que le peuple géorgien suivait le mauvais exemple de leur roi. Ainsi, les moines entreprirent une lutte pour le salut spirituel du peuple de la nation qui exigeait la réprimande du roi.

En plus de leurs œuvres de folie en Christ et de la censure des rois, les saints prêchèrent le christianisme parmi les gens duDaghestan. [1]

Pour leurs grandes réalisations spirituelles et leurs luttes au nom de la pureté divine, de la foi chrétienne, et de  la propagation de l'Evangile parmi les Daghestanais, l'Eglise géorgienne a estimé le Fol-en-Christ Pimène et Antoine Meskhi dignes d'être comptés parmi les saints.

Rempli de sagesse théologique et portant le joug de la folie-en-Christ, ô saints Pimène et Anton le Soleil Géorgien, priez Dieu pour nous!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

Note:
[1] Le Daghestan est situé au nord-est de la Géorgie et borde la mer Caspienne.


Saint Roi Démètre le Dévoué († 1289)


Mémoire 16/29 Mars


Le roi saint Démètre, aussi appelé "le dévoué", était un petit-fils de la reine sainte Tamara.

Dieu a envoyé beaucoup de tribulations à saint Démètre pendant son enfance, ce qui l'encouragea dans la foi à un âge précoce. Démètre était encore un nourrisson lorsque les Mongols tuèrent sa mère, la pieuse reine Gvantsa. Son père, le roi David V (1258-1269), mourut quand Démètre avait tout juste dix ans. Quand il atteignit l'âge de douze ans, la cour royale l'envoya à l'ordou mongol [1], au gouverneur Abaqa Khan (1265-1282). [2] Comme les Géorgiens étaient sous la domination mongole, ils demandèrent à Abaqa Khan de proclamer Démètre roi, et leur demande fut honorée.

Rempli de vertu, le roi Démètre gouverna la nation avec sagesse et bonté. La nuit, il sortait à la recherche des pauvres, des infirmes et des orphelins pour leur distribuer sa fortune. Le roi profita de périodes relativement pacifiques pour construire et restaurer les églises et les monastères et renforcer les fortifications.

Beaucoup de nobles objectifs du roi Démètre, cependant, ne furent jamais réalisés, parce que le Khan appelait constamment les soldats géorgiens aux armes. Un grand nombre des meilleurs soldats de Géorgie se battirent et périrent dans les batailles du Khan. Bientôt la Géorgie fut épuisée par la bataille et le sacrifice du sang de ses fils dans les guerres des nations étrangères. Les conflits internes commencèrent à déchirer tout le peuple géorgien, et en désespoir de cause, il commença à piller les terres et les villages qui appartenaient à sa propre Église.

Pendant cette période difficile, Démètre cédé à la tentation. Bien que déjà engagé dans un mariage de convenance politique, il enleva Natéla, fille du souverain de la Géorgie du Sud, Béka Jakéli. Elle donna à Démètre un fils, qu'ils nommèrent Georges (Giorgi). Il sera plus tard honoré du titre de Georges V "le brillant" (1314-1346).

Après la mort d'Abaqa Khan, son frère, Ahmad Tégouder (1282-1284), fut proclamé Khan. Dans la deuxième année de son règne, le frère d'Ahmad, Qongurdam, complota pour le renverser, mais il échoua. Peu de temps après, le fils d'Abaqa Khan, Arghoun (1284-1291), se révolta contre son oncle et s'empara du trône. Enfin, Bougha Chingsang, Premier ministre du Khan, organisa un complot contre Arghoun. Le 17 Janvier 1289, Bougha Chingsang fut exécuté avec ses complices.

Démètre, qui avait été en bons termes avec le Khan, fut alors convoqué à l'ordou du Khan comme membre présumé de l'intrigue. Roi Démètre devina immédiatement la raison de cette convocation: "Le Khan est très en colère et m'a appelé à lui", dit-il à sa cour. "Je suis certain qu'il a l'intention de me faire du mal, mais mon royaume se trouvera sans défense devant lui si je ne pars pas. Combien de chrétiens vont mourir ou devenir ses esclaves? Combien d'églises seront perdues? Vraiment ma vie ne peut pas être si précieuse que je puisse vivre et porter ce péché alors que de nombreuses âmes chrétiennes seront laissées à périr. C'est mon souhait d'aller au Khan. Que la volonté de Dieu soit faite: si je suis tué, je serai certain que mon pays est sauvé "!

La cour royale essaya de toutes ses forces de convaincre Démètre qu'il était insensé d'y aller, de rencontrer une mort certaine, et de laisser le pays sans gouvernement. Seul le Catholicos Abraham appuya la décision du roi Démètre et lui conseilla: "Si vous sacrifiez votre vie pour votre nation, nous, les évêques de ce pays, porteront vos péchés, et prierons Dieu pour que vous soyez compté parmi les saints martyrs. Car le Seigneur Lui-même dit, qu'il n'y a pas plus grand amour, que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15:13). Et s'il est bon pour l'homme de donner sa vie pour un seul prochain, combien plus profitable est-il pour un homme de mourir pour l'amour de beaucoup d'hommes? "

En entendant ces mots, le roi se réjouit extrêmement et commença à préparer son voyage à l'ordou mongol. Il prit avec lui le Catholicos Abraham, un certain prêtre Moïse, son fils David, et plusieurs membres de sa cour.

A l'ordou les Mongols ne purent trouver aucune faute dans le jeune roi géorgien, mais ils l'emprisonnèrent quand même. Ensuite, un groupe de fidèles géorgiens fit irruption dans la prison pour le voir et lui offrit de l'aider à s'échapper. Le roi fut profondément ému par leur compassion, mais néanmoins il leur dit: "Je savais dès le début quelle mort j'allais souffrir, et j'ai offert ma vie pour ce pays. Si j'échappe à présent, la nation sera détruite. Que sert-il à un homme s'il gagne le monde entier, de perdre son âme? (Marc 8:36). "

Le Khan ordonné son exécution. Entièrement prêt à affronter la mort, le roi Démètre pria avec ferveur, reçut les Saints Dons, et rendit son âme au Seigneur. Ceux qui étaient présents furent témoins d'un miracle divin: le soleil s'obscurcit et une ombre sinistre enveloppa toute la ville.

Les saintes reliques du martyr royal Démètre étaient gardés jusqu'à ce que le Catholicos et le prêtre Moïse récupèrent secrètement le corps et, avec l'aide d'un groupe de pêcheurs de Tbilissi, ramènent le roi dans son pays natal. Il fut enterré à Mtskheta, dans le caveau de ses ancêtres dans la cathédrale de Svetitskhoveli.

Ô saint Démètre, martyr et roi, prie Dieu pour que nos âmes soient sauvées!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

Notes:
[1] Ordou: le camp militaire et siège des Mongols. Ce camp particulier des Mongols Ilkhanide résidait à Mughan dans l'Azerbaïdjan.
[2] Abaqa Khan était chef des Mongols Ilkhanide (descendant du frère de Koubilay Khan, Houlegou).

Saint Ambroise (Ambrosi) le Confesseur, Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie († 1927)



Fête le 16/29 Mars

Saint Ambroise (Ambrosi) le Confesseur (dans le monde Besarion Khélaia) est né en 1861. Il fit ses études primaires à l'école de théologie de Samegrelo et futt diplômé du Séminaire de Tbilissi en 1885. Il fut diplômé et ordonné prêtre la même année. Père Ambroise servit comme prêtre à Soukhoumi (Géorgie du nord-ouest) pendant huit ans, en même temps, enseigna la langue géorgienne dans les écoles et dirigea l'activité de plusieurs sociétés philanthropiques. En 1896, il futt veuf, et en 1897, il s'inscrivit à l'Académie théologique de Kazan.

Tandis qu'il était à Kazan, Père Ambroise suivit à la fois la vie littéraire et culturelle de la ville et le mouvement pour l'indépendance nationale géorgienne avec beaucoup d'intérêt. Il étudié l'histoire de la Géorgie auprès de sources primaires et composa plusieurs essais sur la base de ses conclusions. Son essai, intitulé "La lutte entre le christianisme et l'islam en Géorgie", fut si convaincant pour un professeur qu'il recommanda que le Père Ambroise continue à explorer ce thème et présente ses recherches pour une maîtrise.

En 1901 Père Ambroise termina ses études à l'Académie théologique de Kazan, et dans la même année, il fut tonsuré moine et retourna en Géorgie. En collaboration avec les plus grands fils de sa nation, il se battit sans relâche pour l'autocéphalie de l'Église orthodoxe géorgienne. En tant que punition pour son engagement sans compromis dans cet objectif, Père Ambroise fut exilé en Russie en 1905.

À son retour en Géorgie, il fut élevé au rang d'archimandrite et nommé higoumène du monastère de Tchélishi. Le monastère de Tchelishi avait un certain temps été un centre de formation théologique en Géorgie, mais plusieurs années s'étaient écoulées depuis lors et le corps étudiant du monastère s'était réduit rapidement. Avant peu, il serait complètement désert. Mais avec la bénédiction de l'évêque d'Imereti Léonide (plus tard Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie), saint Ambroise rassembla un certain nombre de jeunes gens doués pour étudier au séminaire et il commença à les instruire dans la psalmodie et la lecture de l'Evangile.

Saint Ambroise consacra beaucoup de son temps et de son énergie à trouver et à restaurer les manuscrits anciens du monastère de Tchelishi. Un jour, en passant par la cour du monastère, il entendit un bruit sourd venant de sous la terre. Il commença à creuser à cet endroit et découvrit une copie ancienne des Saints Évangiles. C'était l'Evangile de Tchelishi, célèbre relique géorgienne du 9ème ou 10ème siècle.

Bientôt saint Ambroise rejoignit le Conseil synodal de Tbilissi et fut intronisé comme higoumène du monastère de la Sainte Transfiguration à Tbilissi. Mais en 1908, il fut accusé d'avoir conspiré dans l'assassinat de l'exarque Nikon et privé du droit de servir dans l'Église. Les procureurs l'exilèrent au monastère de la Sainte Trinité à Riazan, où il passé plus d'un an sous bonne garde. En 1910, saint Ambroise fut acquitté et à nouveau autorisé à servir dans l'Église.

En 1917, l'archimandrite Ambroise retourna en Géorgie et rejoignit la lutte pour une Eglise autocéphale géorgienne. En quelques mois, l'autocéphalie de l'Église fut proclamée. Il fut consacré Métropolite de Tchqondidi, plus tard, transféré dans la région de Tskoum-Abkhazeti. En 1921, saint Ambroise fut intronisé Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie.

Le gouvernement soviétique commença à persécuter l'Église peu de temps après l'intronisation de saint Ambroise. Quelque 1.200 églises furent pillées, converties à d'autres fins, ou détruites. Un grand nombre de membres du clergé furent arrêtés, exilés, et plus tard fusillés.

Le 7 Février 1922, le Catholicos-Patriarche Ambroise, père spirituel et pasteur en chef de sa nation, envoya une note aux participants à la Conférence de Gênes [1] dans laquelle il défendit les droits de l'Église géorgienne et de la nation. Chaque mot de son pourvoi fut pénétré de détresse pour le sort non seulement de sa patrie, mais de l'humanité tout entière. Saint Ambroise assura son auditoire qu'une nation et un gouvernement privés de vertu chrétienne n'aurait pas d'avenir et il plaida en faveur de l'aide en ce temps de malheur.

La réception d'un tel protocole était sans précédent pour le régime bolchevique, et en réponse les fonctionnaires firent arrêter saint Ambroise. Néanmoins, il critiqua courageusement la complaisance du gouvernement envers des actes de criminalité, d'injustice, et de sacrilège.

En réponse à l'un des interrogatoires bolcheviques, le Patriarche affirma: " La confession de foi est une nécessité spirituelle pour chaque nation - la persécution augmente sa nécessité. La foi s'approfondit, se contracte et accumulée, elle éclate avec une nouvelle énergie. Il en fut ainsi dans le passé, et il en sera ainsi dans notre pays. La Géorgie ne fait pas exception à cette loi universelle. "

Saint Ambroise dit ces dernières paroles remarquables à ses persécuteurs: "Mon âme appartient à Dieu, mon cœur à ma patrie, et ma chair vous pouvez en faire ce que vous voulez." Le tribunal condamna le Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie à sept ans , neuf mois et 28 jours de prison.

À la fin de 1924, saint Ambroise et les autres membres du Conseil synodal furent amnistiés, mais leur expérience douloureuse avait déjà pris son péage. Le troupeau géorgien perdit son fidèle berger en 1927.

En 1995, la  vie du Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie Ambroise (Khelaia) fut discutée lors d'un conseil élargi du Saint-Synode de l'Eglise géorgienne. En reconnaissance de ses grandes réalisations pour le compte de l'Eglise et de la nation, Ambroise fut glorifié (canonisé) comme "Saint Ambroise le Confesseur. "

De tes lèvres, ô hiérarque Ambroise craignant Dieu, le Saint-Esprit prononça des paroles de grâce. Prie pour nous, afin que le Saint-Esprit purifie nos âmes!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+



Notes
[1] En 1922, les représentants de 34 pays se sont réunis à Gênes en Italie pour discuter de la reconstruction économique de l'Europe centrale et orientale et d'améliorer les relations entre l'Union soviétique et en Europe occidentale.

dimanche 25 mars 2018

Restauration de l'autocéphalie de l'Église apostolique géorgienne


Fête le 12/25 Mars

      Selon la sainte Tradition, après la Pentecôte, lorsque les Apôtres tirèrent au sort pour déterminer qui prêcherait l'Evangile dans les différentes parties du monde, la Très Sainte Génitrice de Dieu reçut la Géorgie comme son apanage. Mais le Christ apparut à la Mère de Dieu et lui dit d'envoyer l'apôtre André le protoclyte (premier appelé) à sa place. Donc, elle bénit André pour entreprendre cette grande tâche et lui remit une icône d'elle-même "Non-faite-de-main-d'homme."
      Saint André et saint Simon le Cananéen prêchèrent l'Evangile d'abord dans la région du sud-ouest de la Géorgie en Atchara, puis le long de la mer Noire, en direction nord, le long de la côte. Saint Simon resta dans le nord-ouest, en Abkhazeti, et y reposa en Christ (il est enterré à Anakopia). Les apôtres Matthias et Barthélemy visitèrent la région de Kartli à un autre moment. Les reliques de saint Matthias sont enterrées dans le village de Gonio en Atchara.
      Au début du 4ème siècle, avant que le christianisme ne soit déclaré religion d'Etat en Kartli, royaume est de la Géorgie, une hiérarchie de l'Église existait déjà dans l'ouest de la Géorgie, en Bichvinta. L'évêque de Bichvinta participa au premier concile œcuménique.
      Après que le christianisme ait été déclaré religion officielle de l'Empire romain au début du 4ème siècle, sainte Nino arriva en Géorgie pour prêcher la parole de Dieu pendant le règne du roi Mirian et de la reine Nanade Egaux-aux-Apôtres. Puis, à la demande du roi Mirian, saint Constantin le Grand envoya un certain évêque Jean (que le premier Concile œcuménique de Nicée intronisa en tant que Patriarche d'Antioche en 325), ainsi que deux prêtres et un diacre, pour baptiser le peuple géorgien. Cet événement marqua la fondation de l'Eglise géorgienne et l'union des fidèles géorgiens au saint siège d'Antioche.
      En l'an 472, sous le règne de saint roi Vakhtang Gorgasali, un certain évêque Pierre (Petre) fut intronisé comme premier Catholicos de Kartli, et un prêtre Samuel (Samoel) fut élevé au rang d'archevêque. Le roi Vakhtang établit douze diocèses pendant son règne.
      Il est écrit que "à partir de ce moment le Catholicos gouverna Kartli." Depuis l'époque du roi Vakhtang Gorgasali, par conséquent, l'Eglise géorgienne avait sa propre hiérarchie pour gérer les affaires internes, les ordinations, et l'installation des évêques. L'Église était devenue auto-suffisante.
      A l'époque de l'empereur Constantin V "Copronyme" (743-775) et du Patriarche d'Antioche Théophylacte, un groupe de prêtres géorgiens se rendirent à Antioche pour informer le Patriarche au sujet de plusieurs problèmes urgents auxquels l'Église géorgienne devait faire face. Au cours de cette visite, le Concile local d'Antioche accorda l'autorisation à l'Eglise géorgienne de consacrer ses propres catholicos, et en retour, il fut demandé à l'Eglise géorgienne de payer mille drachmes et d'importer son saint chrême d'Antioche. En outre, l'Eglise géorgienne fut invitée à commémorer le Patriarche d'Antioche en première pendant les offices divins.
      Plus tard, sous la direction du saint hiérarque Ephrem (Eprem) d'Atsquri, l'Eglise géorgienne apostolique reçut la permission de bénir son propre saint chrême : "Par un décret d'Ephrem serviteur du Christ, Kartli commença à bénir son propre saint chrême", écrit saint Georges (Giorgi) Merchule dans la Vie de Saint Grigol de Khandzta. (A notre époque, l'archevêque Anania Japaridze, historien de l'Eglise géorgienne, a fait des recherches à ce sujet et a conclu que le 4ème siècle de l'Eglise géorgienne préparait déjà et bénissait le saint chrême à Mtskheta). A partir de ce moment-là, les Géorgiens n'ont importé d'Antioche que les parfums pour le saint chrême.
      Tout au long des siècles l'Eglise géorgienne éduqua, éleva et nourrit son peuple, malgré les menaces constantes de la part du monde musulman. A partir du 6ème siècle, quand saint Jean (Ioane) et ses douze disciples arrivèrent en provenance de Syrie, les terres géorgiennes émergèrent comme un bastion du monachisme orthodoxe.
      Puis, au 11ème siècle, l'église d'Antioche propre Eglise-sœur de Géorgie commença à agir sévèrement dans les questions relatives à l'Eglise géorgienne et les saints pères furent mis au défi de défendre l'autocéphalie et l'honneur apostolique de leur église. Après un affrontement près de la Montagne Noire entre les moines de l'Eglise d'Antioche et ceux de Géorgie, l'un des moines de la laure de Saint-Siméon le Jeune calomnia les moines géorgiens vivant là devant le Patriarche d'Antioche Théodose III. "Nous n'avons aucune preuve de ce qu'ils croient," avoua-t-il.
      En réponse, saint Georges (Giorgi) de la Sainte Montagne affirma les racines apostoliques de l'Eglise géorgienne et souligna que l'Eglise géorgienne était restée inébranlable dans la foi depuis sa conversion, tandis qu'Antioche avait failli. "Nous croyons en un seul Dieu, nous ne L'avons jamais renié, et nous ne nous sommes jamais détournés de lui pour aller à l'hérésie. En outre, " affirma-t-il avec une certaine mesure d'esprit", il est préférable que le cadet obéisse à l'aîné, et puisque Pierre était plus jeune que son frère André, il est plus approprié pour votre église de suivre l'exemple de la nôtre. "(L'Eglise d'Antioche  fut fondée par l'apôtre Pierre.)
      L'indépendance de l'Eglise géorgienne est clairement énoncé au huitième alinéa du traité Giorgievsk (le document qui amena officiellement la Géorgie sous "protection" russe) de 1783. Mais en 1801, le Tzar Alexandre Ier de Russie signa un manifeste selon lequel la Géorgie perdait son indépendance et était jointe à la Russie sous la forme de deux provinces. Les fonctionnaires étrangers envoyés pour statuer en Géorgie commencèrent à interférer considérablement dans les affaires de l'Eglise, et il devint vite évident que le gouvernement russe avait l'intention d'abolir l'autocéphalie de l'Eglise géorgienne et de la subordonner au Synode russe.
      Le 10 Juin 1811, le Tzar Alexandre convoqua Anton II, Patriarche de toute la Géorgie, à sa cour et à partir de là l'envoya en exil. Pendant une dizaine d'années, la Géorgie n'avait ni roi ni chef spirituel, et les gens commencèrent à perdre leur conscience de l'indépendance politique et spirituelle.
      Il s'ensuivit une période de grande difficulté dans la vie de l'Eglise géorgienne. L'Eglise fut subordonnée au Synode russe par un exarque, ou son représentant du synode. De 1811 à 1817, le noble géorgien Varlaam servit comme exarque, mais après son terme, tous les exarques suivants étaient russes par filiation. L'ignorance des exarques étrangers de la langue géorgienne, des traditions, des saints locaux, et des fêtes donnèrent lieu à de nombreux conflits entre le clergé étranger et les croyants orthodoxes géorgiens. Les plus méprisables exarques volèrent de très belles pièces de bijoux et de chefs-d'œuvre artistiques d'émaux géorgiens et les envoyèrent en Russie. De nombreuses cathédrales furent laissées tomber en ruine, et le nombre de diocèses en Géorgie chuta de façon spectaculaire de vingt-quatre à cinq. Les offices divins en langue géorgienne et les chants polyphoniques anciens furent remplacés par des services en slavon et par la musique de l'Église post-pétrinienne russe.
      La domination russe de l'Eglise suscita une chagrin et une indignation considérable dans le peuple géorgien, et la preuve des activités anti-géorgiennes des exarques exacerbèrent son mécontentement. Malgré les sages remontrances de nombreux startsy russes à respecter l'apanage affecté par le sort à la Mère de Dieu et la conversion convertis par les saints apôtres eux-mêmes, des crimes effroyables continuèrent d'être commis contre l'Eglise et la nation géorgiennes. Des fresques dans les églises furent blanchies à la chaux, et l'icône de la Génitrice de Dieu Khakhouli avec d'autres icônes et objets ornés de précieux or et argent furent volés.
      Au début du 20e siècle, les dirigeants du mouvement nationaliste géorgien et le clergé local commencèrent à lutter pour la restauration de l'autocéphalie de l'Eglise géorgienne. Sous la direction du saint Elie (Ilia) le Juste, une délégation de nobles géorgiens affronta le représentant du tzar, le vice-roi du Caucase, Ilarion Vorontsov-Dashkov. Ils demandèrent qu'il commence à prendre des mesures pour rétablir l'autocéphalie de l'Église orthodoxe géorgienne. Le gouvernement russe convoqua une réunion pour discuter de la question, mais la majorité des personnes présentes s'opposa à une Eglise autocéphale géorgienne, et la demande des ambassadeurs géorgiens fut refusée.



Premier Concile après la restauration de l'autocéphalie en 1917, pendant le quel saint Kirion fut élu Patriarche-Catholicos de toute le Géorgie.

      Mais le 12 Mars 1917, le clergé géorgien réussit finalement à restaurer l'autocéphalie de l'Église. Par la grâce de Dieu, toutes les églises orthodoxes géorgiennes étaient en faveur de l'autocéphalie. Dans la même année, ils intronisèrent Kirion II, chef de file du mouvement pour l'autocéphalie, en tant que Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie. Saint Kirion fut plus tard martyrisé au monastère de Martqopi.
      Conformément à la volonté de Dieu et par les vaillants efforts d' Elie (Ilia) II, Catholicos-Patriarche actuel de toute la Géorgie, le patriarche œcuménique de Constantinople reconnut officiellement l'autocéphalie de l'Église orthodoxe géorgienne en 1990. Le 4 Mars de la même année, à la fête du Triomphe de l'Orthodoxie, sa Sainteté Dimitrios, Patriarche de Constantinople donna au Catholicos-Patriarche Elie II une déclaration officielle d'autocéphalie de l'Église orthodoxe géorgienne. Le document proclama également Catholicos-Patriarche Elie II Pasteur en chef de l'Eglise géorgienne.
      Cet événement fut une grande joie et une grande victoire. C'était la reconnaissance finale et triomphale de l'indépendance de l'Église orthodoxe géorgienne.

Ô Seigneur sauve Ton peuple et bénis Ton héritage; accorde à Ton peuple la victoire sur tous ses ennemis, et préserve Ton Royaume par le pouvoir de Ta Croix!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+