Biographies des héros spirituels de la terre de Géorgie, moniales, moines, ascètes, martyrs, clercs ou laïcs qui ont fait briller sur elle la Lumière du Christ!

vendredi 20 octobre 2017

VÉNÉRABLE JOSEPH ( IOSEB) De Khevi, Staretz et Thaumaturge († 1763)



Mémoire 7/20 octobre

On sait peu de choses sur la vie de saint Joseph (Ioseb) de Khevi. L'Eglise est certaine seulement qu'il était originaire de Khevi (dans le nord de la Géorgie) et qu'il servit comme prêtre dans ce village.

En plus d'être de grands guerriers, les gens de Khevi à travers l'histoire furent remarquablement constants dans la foi chrétienne. Les églises et les monastères de Khevi sont extraordinaires à la fois par la beauté et l'inaccessibilité. Ils ont été délibérément construits dans les endroits montagneux, comme si les atteindre devait exiger le plus grand zèle.

L'ornement le plus important et le symbole de Khevi, c'est la glace qui perpétuellement coiffe le sommet du mont Mqinvari (Kazbegi). Sur le versant de cette montagne se dresse le monastère de la Trinité, où un temps, fut préservée la croix de sainte Nina (Elle est actuellement gardée à Tbilissi, dans la partie nord de l'iconostase de la cathédrale de Sioni).

Situé au-dessus du monastère de la Trinité, sur le couvert de glace de la falaise verticale du mont Mqinvari, il y a un ermitage dans une grotte à 13.450 pieds, connue sous le nom de grotte de Bethléem. Il n'est possible d'atteindre cet ermitage que par l'escalade des chaînes qui pendent de ses hauteurs. Selon la chronique de la vie de Kartli, cette grotte a été, à travers l'histoire, utilisée pour y conserver des objets sacrés et les trésors de l'Église.

L'historien Davit Batonichvili rapporte  que saint Joseph était surtout connu pour son amour des objets sacrés, pour garder le plus strict du jeûne, et pour ses vertus exceptionnelles. Il monta à l'ermitage de Bethléem et il en revint avec un morceau de la tente du patriarche Abraham, [1] qu'il présenta au roi Erekle. Ayant atteint les sommets de clairvoyance et de thaumaturgie, saint Joseph reposa paisiblement en Christ en l'an 1763.

Tu es illuminé par la grâce divine, ô saint Père Joseph l'Ancien. Prie le Christ-Dieu en faveur de ceux qui vénèrent ton saint nom!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Lives of the Georgian Saints
de
l'Archiprêtre Zakaria Machitadze


in

mercredi 18 octobre 2017

Vénérables Pères et les Mères du désert de Klarjeti (du 8è au 10e siècle)


Mémoire 5/18 octobre

Pendant des siècles, la région de Tao-Klarjeti dans le sud-ouest de la Géorgie était connue pour sa sainteté, son unité et sa force spirituelle. La vie culturelle et la foi de Kartli furent presque éteintes par la domination arabo-musulmane du 8e au 10e siècle. La région de Tao-Klarjeti, cependant, qui avait été vidée par une épidémie de choléra et à la suite des invasions islamiques, s'emplit de nouvelles églises et monastères, devenant une destination pour de nombreux ascètes chrétiens. Saint Euthyme (Ekvtime) Taqaishvili écrit que "Chaque monastère comprenait une école et un séminaire où la foi chrétienne, la philosophie, le grec et d'autres langues étrangères, le chant, la calligraphie, les arts plastiques, la fabrication de bijoux, et d'autres disciplines étaient enseignées. D'innombrables prêtres, traducteurs, miniaturistes, et des orfèvres ont développé leur métier dans ces écoles."

Les prières des moines de Tao-Klarjeti se multiplièrent et s'élevèrent vers le ciel comme un encens sacré. Des ouvrages hagiographiques furent écrits, des hymnes originaux furent composées, et des textes théologiques traduits. La littérature de cette période était complètement imprégnée de l'esprit du peuple géorgien. Tao-Klarjeti revigora l'âme du peuple géorgien et dirigea à nouveau les égarés vers le chemin de la vérité.

Saint Grégoire (Grigol) de Khandzta, prêtre de grande vertu et sagesse, fut le fer de lance de ce renouveau spirituel. C'était un bon berger pour son troupeau, et le constructeur de nombreuses églises. Les Vies de saint Grégoire de Khandzta et des autres saints pères et mères de Tao-Klarjeti sont racontées dans l'œuvre de saint Georges (Georgi) de Merchule intitulée La Vie de saint Grégoire de Khandzta. Georges Merchule œuvra dans le désert de Khandzta au 10ème siècle. Son surnom, "Merchule", signifie "le Théologien", ou littéralement, "celui qui connaît la loi."

Georges Merchule a également donné à l'Eglise la Vie du Saint Catholicos  Nerse III, Arménien par filiation. Nerse confessa la foi orthodoxe et œuvra dans le Tao-Klarjeti avec les pères géorgiens. (A cette époque, de nombreux Arméniens orthodoxes avaient fui vers Tao-Klarjeti après avoir été exilés de leur patrie.) Dans la première moitié du 7e siècle saint Nerse établit les fondations de l'église d'Ishkhani et y œuvra dans la sainteté.

Le saint Catholicos Hilarion  fut le fondateur et higoumène de l'église de Tsqarostavi et disciple de Grégoire de Khandzta. Il arriva au monastère de Khandzta avec son père spirituel, saint David (Davit), higoumène du monastère de Midznadzori, et saint Zacharie, constructeur de l'église de Beretelta. Ceux qui furent témoins de l'unité des pères et de leur piété, abandonnèrent le monde pour se joindre à eux pour offrir leur vie à Dieu. Au milieu du 9e siècle Hilarion fut intronisé en tant que Catholicos de Kartli en reconnaissance de sa sagesse et de sa sainteté. Il suivit Gabriel II (vers 830-850) et fut remplacé par Arsène I "le Grand" (vers 860-887) dans ce rôle très honorable.

Saint Stéphane (Stépane) de Tbeti, fut le premier évêque de Tbeti. C'était un grand écrivain et hagiographe de l'Eglise de son temps et une figure brillante de l'école littéraire de Tao-Klarjeti. Saint Stéphane est crédité de création du récit Le Martyre de Saint Gobron.

Dès son enfance, saint Zacharie (Zakaria) d'Anchi était rempli d'amour et de crainte de Dieu. Strict dans sa discipline, mais libre de toute contrainte de ce monde, il mena la vie d'un berger comme saint David le Psalmiste. Quand il était enfant, saint Zacharie rassemblait ses amis et leur rapportait avec précision les mots et les scènes dont il avait été témoin dans les églises et les monastères. Un jour, l'évêque d'Anchi observait ce passe-temps inhabituel et il rapporta avoir vu une colonne de lumière descendre des cieux et illuminer le sommet de la tête de saint Zacharie.

Quand il atteignit l'âge mûr, saint Zacharie devint le chef spirituel de ses frères. Grâce à ses prières de nombreux miracles furent accomplis: il empêcha le mur de pierre d'un bâtiment qui s'effondrait de s'écraser au sol, élimina les oiseaux gênants et les sauterelles du vignoble du monastère, et tua deux serpents venimeux qui maintenaient ses frères effrayés loin de la vigne. Empli de bonne foi et de vertu, saint Zacharie fut ensuite consacré évêque d'Anchi.

Saint Macaire (Makar) d'Anchi servit comme évêque d'Anchi après le repos en Christ de saint Grégoire de Khandzta en 861.

Saint Ezra d'Anchi, de la noble famille Dapantchouli, œuvra en sainteté au 10ème siècle.

Saint Sabbas (Saba) d'Ishkhani était un cousin et un des plus proches compagnons de saint Grégoire de Khandzta. Avec deux autres amis, Christophe (Kristepore) et Théodore (Tevdore), le jeune Sabbas accompagna Grégoire de Khandzta à Klarjeti en quête de vie ascétique. Au début, les jeunes moines s'installèrent au Monastère d'Opiza et y œuvrèrent avec beaucoup de zèle, et ensuite ils déménagèrent à Khandzta.

Un jour, saint Sabbas faisait, avec saint Grégoire, un pèlerinage à Byzance, et c'est là qu'il apprit les typica des monastères locaux. Sur le chemin du retour à Tao-Klarjeti, Dieu révéla Sa volonté à Sabbas pour restaurer l'église d'Ishkhani, qui avait été détruite par les envahisseurs arabo-musulmans. Saint Sabbas souhaita commencer immédiatement cette tâche sacrée, mais il poursuivit son chemin avec saint Grégoire, à l'insistance de ce dernier.

Plus tard, Grégoire lui attribua deux moines pour aider Sabbas à restaurer l'église et les envoya tous les trois à Ishkhani. Par la grâce de Dieu, les frères restaurèrent l'église et le monastère, et le nombre de moines qui y œuvraient se multiplia. Peu de temps après leur higoumène, saint Sabbas, fut consacré évêque d'Ishkhani.

Saint Jean (Ioane) le nouveau martyr œuvra pour le Christ au monastère de Khandzta.

Alors qu'il se rendait à Jérusalem en pèlerinage, les Sarrasins le capturèrent à Bagdad et tentèrent en le torturant de lui faire renier la foi chrétienne. Mais en versant son sang, saint Jean montra son immuable fidélité à la foi de notre Sauveur.

Saint Théodore (Tevdore), fondateur du monastère de Nedzvi, et saint Christophe (Kristepore), fondateur du monastère de Saint-Cyrique à Dvéri, étaient les fils spirituels de saint Grégoire de Khandzta et les premiers hommes à se joindre à lui dans ses travaux sacrés. Avec saint Grégoire, ils œuvrèrent d'abord au monastère d'Opiza et plus tard à celui de Khandzta.

Ces saints pères se rendirent à Abkhazeti pour augmenter la plénitude de la foi dans cette région, et sur leur chemin, dans le Samtskhe, un aristocrate nommé Mirian les chargea du soin et de l'éducation de son fils de six ans Arsène (plus tard devenu le saint Catholicos Arsène le Grand).

Finalement, saint Grégoire de Khandzta souhaita le retour de Théodore et Christophe, et il se rendit à Abkhazeti pour les trouver. Saint Grégoire prit avec lui son jeune disciple Ephrem (Eprem) (plus tard l'évêque et thaumaturge d'Atsquri). Quand il rencontra les frères dans Abkhazeti, saint Grégoire leur  confia l'éducation d'Ephrem et leur fit jurer de ne pas quitter le monastère de Khandzta jusqu'à ce qu'Ephrem et Arsène aient atteint leur maturité.

Lorsque Ephrem et Arsène atteignirent l'âge d'homme, ils étaient "parfaits en sagesse", et Théodore et Christophe quittèrent Khandzta pour établir les monastère de Nedzvi et de Dviri. Là, chaque père œuvra jusques au jour de son repos en Christ.

Les saint Pères Georges (Giorgi), Amon (Amona), Pierre (Petre) et Macaire (Makar) œuvrèrent dans le désert d'Opiza. Père Georges était higoumène du monastère Saint Jean-Baptiste d'Opiza, au cours des deux années où saint Grégoire de Khandzta et ses compagnons y œuvraient. Père Georges fut le troisième higoumène du monastère (il fut remplacé par saint André (Andria) et saint Samuel (Saint Samoel). Par la grâce de Dieu,  l'higoumène Georges reconnut la foi des pèlerins et les reçut, et non pas comme des élèves, mais comme des startsy honorables et sages. Témoin des exploits ascétiques des vénérables pères d'Opiza, saint Grégoire grandit en vertu et humilité, et acquit la paix intérieure. (L'histoire a conservé un saint Evangile du désert d'Opiza qui est daté de l'an 913, à l'époque où l'higoumène Georges y œuvrait.)

Dans la deuxième partie du 9e siècle saint Sérapion de Zarzma fonda le monastère de Zarzma dans le Samtskhe. Neveu de saint Sérapion, saint Basile, réalisa plus tard de grands exploits ascétiques et fit des miracles dans ce monastère. Saint Basile fut l'auteur de La Vie de Sérapion de Zarzma et raconta également la vie des autres vénérables pères vénérables de Zarzma.

Saint Georges (Giorgi), "homme brillant, au bon cœur et d'une grande vertu", succéda à saint Sérapion comme higoumène du monastère de Zarzma. Après saint Geoges, le vénérable higoumène Michel (Mikael) commença la construction d'une deuxième église à Zarzma, dans l'accomplissement de la prophétie de saint Sérapion. Saint Paul (Pavle), qui succéda à Michel comme higoumène du monastère, acheva la construction de cette deuxième église.

Le saint et juste saint Khvedios œuvra en ermite dans les grottes du désert de Khandzta. Dieu lui révéla la nouvelle de l'arrivée de saint Grégoire, et il reçut Grégoire et ses frères avec une grande joie.

Il les bénit, tout en recevant une bénédiction lui-même de saint Grégoire de Khandzta. Alors, plutôt que de continuer le chemin avec saint Grégoire et les autres frères, saint Khvedios se retira dans sa grotte isolée, car il avait fait le vœu devant Dieu de vivre toute sa vie dans la solitude. Après la dormition du père saint, sa demeure s'emplit d'une douce fragrance.

Saint Epiphane (Epipane) était thaumaturge et fils spirituel de saint Grégoire de Khandzta. Ce vénérable père était vraiment revêtu de l'armure de la justice, et il fut une source d'inspiration pour beaucoup. Selon les instructions de saint Grégoire, il devint un exemple d'obéissance pour les autres frères du monastère. Les prières de saint Epiphane guérirent beaucoup de gens qui étaient atteints par une maladie terminale.

Saint Mato œuvra dans le désert de Khandzta. Après la naissance au ciel de  l'higoumène du couvent de Mere, il prit sur lui la direction du monastère de femmes et pendant quarante ans donna l'exemple d'une vie vécue dans la plénitude de la foi. Il était si strict dans son ascèse que, pendant ces quarante ans, il ne partagea jamais un repas avec les moniales, et il ne reçut pas un seul objet de leurs mains. Quand saint Mato atteignit un âge avancé, il devint malade dans la chair, mais il refusa les offres des moniales de s'occuper de lui. Au lieu de cela il demanda à son parent, qui était également moine, de s'occuper de lui lorsqu'il en aurait besoin.

Saint Zénon naquit à Samtskhe dans une famille d'aristocrates. Il fut élevé dans la crainte de Dieu, et il désirait depuis sa jeunesse entrer dans la vie monastique. Avant que cette volonté ne soit accomplie, cependant, sa soeur fut enlevée par un homme impie. Zenon partit pour poursuivre le ravisseur à cheval, mais alors qu'il chevauchait, le Diable l'assaillit d'angoisses. "Je suis un homme respectable", pensait-il, "mais celui que je poursuis n'est pas shonorable. Si je le prends et que je le tue, je vais détruire mon âme, mais si je retourne, la honte viendra sur moi. "

Et donc, à ce moment-là, saint Zénon rebroussa chemin pour accomplir son désir perpétuel. Il fut tonsuré moine et devint plus tard disciple de saint Grégoire de Khandzta.

Saint Zénon, le "Trésor de la Vertu, saint Modèle de l'ascétisme et Porte du désert de Klarjeti», reposa en Christ à un âge avancé.

Saint Jean (Ioane), higoumène de Khandzta, est célèbre pour avoir achevé la construction de la nouvelle église de Khandzta, construction qui avait été entamée par son prédécesseur, saint Arsène. Les deux pères saints  reposèrent en Christ dans le désert de Khandzta. Saint Théodore (Tevdore) l'higoumène et son frère saint Jean (Ioane) œuvrèrent tous deux au monastère de Khandzta. Saint Georges Merchule reconnaît les frères comme les historiens, cependant il croit qu'ils ont contribué, plutôt qu'ils ont été co-auteurs, de ce travail.

Le moine saint Gabriel fut au service des moines infirmes et des personnes âgées du monastère de Khandzta. Saint Gabriel a raconté verbalement les Vies des Pères de l'Église et a exhorté ses frères à suivre les mêmes disciplines strictes que les Pères qui les avaient précédés.

Saint Démètre fut élevé par la bienheureuse sainte Phébronie (Pebronia) et devint plus tard l'un des premiers disciples de saint Grégoire de Khandzta. Il est commémoré parmi les saints Pères pour avoir atteint les cimes de la lutte monastique, et pour ses miracles, à la fois dans cette vie et après avoir été reçu dans le sein d'Abraham.

Les saints Arsène (Arsen) et Macaire (Makar), "bons moines pleins de sagesse et ayant le don de faire des miracles", étaient des proches de saint Ephrem d'Atsquri. Ils œuvraient ensemble au monastère de saint-Sabbas à Jérusalem, et correspondaient régulièrement avec les moines de Khandzta. Saint Arsène et saint et Macaire possédaient un amour profond pour le Christ et le désir de servir leur patrie et leur Église mère.

Saint Shio le Thaumaturge "brilla sur la terre de Kartli comme l'étoile polaire dans le ciel du matin." Selon Basile de Zarzma, saint Shio était le père spirituel de saint Michel de Parekhi.

Les saints Basile et Marcelin (Markelaos), "abondants et brillants en vertu," étaient des disciples de saint Michel de Parekhi. Saint Basile fut enterré à Parekhi à côté de son père spirituel. Les deux pères firent des miracles sur leurs tombes, et ils guérirent les infirmités des fidèles qui venaient chercher leurs bénédictions.

Le vénérable Père David (Davit), "image des anges" et constructeur de nombreux monastères, œuvra comme higoumène du monastère de Midznadzori. Il était le père spirituel du saint Catholicos Ilarion.

Doté de nombreux dons de la Grâce, saint Jacques (Iakob) fut une figure éminente de l'Eglise du Xe siècle géorgien. Il œuvra d'abord à Shatberdi, et plus tard près de le Gorge de Midznadzori, où il brilla comme les plus brillantes des étoiles.

Le vénérable Sophrone (Soprone) le Grand,  fut le restaurateur de l'Eglise de Shatberdi et un célèbre écrivain, mais ses œuvres littéraires n'ont pas été conservées. Saint Georges Merchule le compte parmi les pères sages et saints dont les histoires sont dignes d'être narrées. Saint Grégoire (Grigol) de Shatberdi œuvra dans le même monastère. Plusieurs des manuscrits du Xe siècle copiés par lui au monastère de Shatberdi ont été conservés, y compris les Cahiers du désert de Shatberdi et les Évangiles d'Hadishi, de Jruchi et de Parekhi.

Saint Zacharie (Zakaria) construisit le célèbre monastère de Beretelta et donna l'exemple de la sagesse et de la sainteté pour les pères qui y œuvrèrent après lui.

Saint Georges Merchule rend hommage au vénérable saint Hilarion de Parekhi  craignant Dieu, comme l'un des plus grands écrivains et des plus grandes personnalités de l'Eglise de son temps.

Saint Hilarion, abbé d'Ubisi, œuvra pendant de nombreuses années à la Laure de Saint-Sabbas à Jérusalem, où les Géorgiens eurent leur propre chapelle pendant de nombreux siècles [1]. Après avoir atteint un âge avancé, le vénérable père partit en Géorgie et s'installa au monastère de Khandzta. Plus tard, ce père intelligent et savant commença la construction de l'église d'Ubisi à Imereti, où il œuvra jusques à sa mort.

Sainte Phébronie (Pebronia) œuvra au monastère de Samtskhe à Mere. C'était une amie proche de saint Grégoire de Khandzta. Il lui envoya, pour l'instruire dans la foi chrétienne, une femme qu'un certain Roi Ashot Kuropalates (plus tard, un saint martyr) avait prise pour maîtresse. Sainte Phébronie refusa les demandes instantes du roi de faire revenir cette femme au palais royal.

Les anges rendaient souvent visite à sainte Phébronie pour l'informer de la sainte volonté de Dieu. Sainte Temestia œuvra avec sainte Phébronie au monastère de Mere. Pendant quarante ans, elle s'occupa de saint Mato, le père spirituel du monastère.

Sainte Temestia elle-même fit remarquer que sa relation avec le Père Mato était si chaste et innocente que le saint père ne voulait même pas se permettre de recevoir l'encens sacré directement de ses mains.

Sainte Anatolie (également appelé Antoine [Antonios]) œuvra dans la solitude au monastère de Mere. Les anges apparaissent souvent à la sainte mère, qui elle-même menait une vie égale à celle des puissances incorporelles. Les deux vénérables Temestia et Anatolie furent informées par les anges du repos en Christ de leur higoumène, saint Mato.

Sainte Anastasie (Anastasia) œuvra parmi les saintes moniales dans une remarquable sainteté et humilité. Elle descendait d'une famille d'Abkhazie et était connue sous le nom de Bevreli dans le monde. Comme reine (épouse du roi Adarnerse), elle fut souvent appelée à protéger les intérêts du monastère de Mere. Le roi Adarnerse plus tard devint froid envers Bevreli, elle quitta donc le monde, et fut tonsurée moniale sous le nom d'Anastasie.

Saint Anastasie avait la tâche la plus difficile au monastère: elle ramassait le bois de chauffage et le rapportait de la forêt. Elle ne portait que des haillons et priait sans cesse.

Un jour, le roi Adarnerse tomba soudainement malade, et il envoya des messagers au monastère de Persati, où Anastasie œuvrait, demandant pardon en son nom. Saint Anastasie pria pour le roi malade: "Que le Christ pardonne tous ses péchés et lui guérisse l'âme et le corps." Le roi Adarnerse fut bientôt guéri  de son infirmité.

Riche en sainteté et l'humilité, sainte Anastasie œuvra au monastère de Persati jusques à la fin de ses jours sur terre. Dieu lui accorda le don de thaumaturge à la fois durant sa vie sur terre, et après son repos en Christ. Les propres fils d'Anastasie, Gourgen et Soumbat, furent guéris de leurs maladies à sa tombe, et après cela beaucoup d'autres gens qui y vinrent avec foi, reçurent la guérison de cette sainte mère.

La région historique de Tao-Klarjeti fut habitée, à travers l'histoire, et même jusques à nos jours, par des Géorgiens de souche. Cependant, depuis 1921, lorsque les communistes ont annulé l'indépendance de la République de Géorgie, Tao-Klarjeti est une possession turque.

Dieu a doté cette région de beaucoup de soleil et d'air pur, libre de chaleur cruelle et de gel amer. Le climat local accentue la beauté de cette région merveilleuse.

Mais la région de Tao-Klarjeti a été transformée en champ de bataille un nombre incalculable de fois à travers l'histoire: elle a été témoin de la victoire et de la défaite, de la destruction et de la restauration, de la trahison et de la fidélité désintéressée. Grâce à toutes ces épreuves, elle est resté une partie inséparable de la nation unifiée géorgienne. En dépit du fait que, aujourd'hui, Tao-Klarjeti est située à l'intérieur des frontières d'un gouvernement étranger et que ses diocèses géorgiens sont souvent désignés comme appartenant à l'Eglise arménienne, la vérité historique doit être maintenue.

Le 17 Octobre 2002, l'Église Apostolique Géorgienne restaura nominalement les diocèses de Klarjeti et de Lazeti sous sa propre compétence, et déclara l'évêque titulaire d'Akhaltsikhe comme leur chef spirituel. Le même jour, l'Eglise géorgienne canonisa les saints vénérables pères et mères qui ont œuvré dans ces régions sous la direction de saint Grégoire de Khandzta. Seuls quelques-uns de ces  ascètes craignants Dieu, parmi lesquels le saint Catholicos  Nerse II, étaient arméniens par filiation, mais ils s'étaient convertis à l'Orthodoxie et prêchaient la vraie foi dans le désert avec les pères géorgiens.

Par l'intercession des saints pères et mères du désert de Klarjeti et de tous Tes bienheureux saints, Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Lives of the Georgian Saints
de
l'Archiprêtre Zakaria Machitadze

in


[1] voir Archimandrite Grigol Peradze,"An Account of the Georgian Monks and Monasteries in Palestine, " Georgica, Autumn 1937, nos 4-5, pp.181-246




VÉNÉRABLE GREGOIRE DE KHANDZTA († 861)

Mémoire  le 5 /18 octobre


Notre Père saint Grégoire (Grigol) de Khandzta fut élevé à la cour du souverain Nerse de Kartli. Sa famille faisait partie de l'aristocratie de Mskheta. Il reçut une éducation digne du noble rang de sa famille et fit preuve d'une aptitude spéciale pour les sciences et la théologie.

Le jeune homme choisi par Dieu était extraordinairement dévoué à ses études. En peu de temps il mémorisa les Psaumes et se familiarisa avec les doctrines de l'Eglise. Il apprit aussi plusieurs langues et connaissait de nombreuses œuvres théologiques par cœur.

Alors que Grégoire était encore jeune, ses proches exprimèrent le souhait de le voir entrer dans le sacerdoce. Le jeune sage avait aspiré à la vie spirituelle dès le début, mais il ne s'estimait pas prêt à assumer une telle énorme responsabilité. "Mon orgueil m'empêche d'accomplir votre désir," leur dit-il.

Enfin, il accepta d'être ordonné prêtre, mais les princes locaux cherchèrent à le consacrer évêque. Effrayé à l'idée, Grégoire s'enfuit secrètement au sud-ouest la Géorgie avec trois compagnons aux vues similaires: son cousin Sabbas [Saba] (futur évêque et rénovateur du monastère d'Ishkhani,Théodore [Tevdore[ (constructeur du monastère de Nedzvi [Akhaldaba]), et Christophe [Kristepore] (constructeur du monastère de saint Cyrique Dviri). Les quatre frères étaient unis par la foi et l'amour de Dieu et liés par un seul désir, comme s'ils étaient une seule âme existant dans quatre corps. Les frères arrivèrent au monastère de Saint-Jean-Baptiste d'Opiza et se présentèrent devant l'higoumène Georges (Giorgi). Avec sa bénédiction, ils œuvrèrent là pendant deux ans.

Alors saint Grégoire rendit visite au moine Khvedios, l'ermite juste de Khandzta. Avant l'arrivée de Grégoire, Khvedios avait reçu un signe de Dieu qui indiquait que le monastère serait construit à Khandzta par les mains du prêtre Grégoirel. Il lui fut révélé que les prières de Père Grégoire étaient si saintes que leur parfum d'agréable odeur s'élevait devant Dieu comme un encens. Le moine  montra les environs à saint Grégoire, et ce dernier futt tellement attiré par cet endroit qu'il revint bientôt là-bas avec les autres frères et commença à construire un monastère.

Les moines furent forcés de construire le monastère dans des conditions difficiles, car la terre était rocheuse et montagneuse, et ils n'étaient pas équipés avec les outils appropriés. Ils construisirent d'abord, une église en bois, puis quatre cellules et une salle à manger.

Un certain aristocrate du nom de Gabriel Dapantchouli vivait à proximité, et Grégoire se tourna vers lui pour demander de l'aide pour la construction du monastère. Avec grande joie, il fit don de la pierre, du travail et de la nourriture nécessaire pour que ce digne projet soit réalisé. De cette manière, fut créée la première église du monastère de Khandzta.

Gabriel informa le saint  Ashot Kouropalates au sujet de l'activité des frères, et le roi invita leur chef, saint Grégoire, au palais. Il le reçut avec de grands honneurs, lui demanda de bénir la famille royale, et s'enquit en détail de la vie et des labeurs des saints moines. Puis il fit à Grégoire un généreux don pour le monastère et, ayant appris que le terrain de Khandzta ne pouvait être cultivé, il dota le monastère d'une grande parcelle de terre fertile à Shatberdi. Les fils du roi Ashot, les princes Adarnerse, Bagrat et Guaram, firent également de généreux dons au monastère.


L'église du monastère de Khandzta, dans l'actuelle Turquie

Et ainsi, pendant la sanglante période de domination arabo-musulmane, lorsque le peuple géorgien avait sombré dans un profond désespoir, le désert se Klarjeti fut transformé en une oasis vivifiante vers laquelle les plus grands fils de la nation affluèrent.

Les règles du monastère étaient strictes. Dans chaque cellule de moine, il n'y  avait rien, si ce n'est un petit lit rigide et une petite cruche d'eau. Ni feux, ni bougies n'étaient allumés à l'intérieur.

Saint Grégoire fut connu dans toute la Géorgie. À la demande du roi Demetre II d'Abkhazeti (837-872), le Père Grégoire construisitt un monastère dans le village d'Ubisi dans l'Imereti et il nommé son disciple Hilarion de Jérusalem comme higoumène. Il construisit ce monastère, à la frontière de l'ouest et de l'est de la Géorgie et, ce faisant, il prévoyait l'unification des deux royaumes.

Le Seigneur accomplit de nombreux miracles par saint Grégoire. Un jour, le sonneur de cloches de l'église approchait de la cellule de l'higoumène et il vit une lumière venant de l'intérieur. Il savait que saint Grégoire n'avait allumé ni un feu, ni sa lampe à huile, et il eut peur, croyant qu'un incendie pourrait avoir démarré dans la cellule de l'higoumène. Comme cela fut avéré, d'autres avaient été témoins des semblables miracles: quand le saint était en prière, il brillait comme le soleil, et des faisceaux de lumière émanaient de son corps sous la forme d'une croix.

Le vénérable Grégoire tenait fermement à la défense de la morale, et il accusa même le roi Ashot Kouropalates lorsque son comportement fut en contradiction avec les valeurs du peuple géorgien.

Grégoire avait uni ses compagnons dans leur amour de Dieu, mais parmi les roses apparut une épine. Un certain Tskir, protégé de l'émir Sahak de Tbilissi, complota pour obtenir le siège épiscopal d'Anchi. Il prit de force le contrôle de la cathédrale d'Anchi et y commit de nombreux blasphèmes. Le clergé, et en particulier le vénérable Grégoire, condamnèrent son comportement, mais Tskir consumé par l'orgueil, engagea un tueur pour éliminer saint Grégoire. Tel un prophète, saint Grégoire prévoyait le danger imminent, mais il alla quand même à sa rencontre. En approchant de sa victime, tandis qu'il était encore à une certaine distance de lui, le meurtrier vit une lumière brillante qui enveloppait le père saint. Il se figea de peur, et sa main se déssécha immédiatement. Seules les prières de saint Grégoire purent le guérir et lui permettre de rentrer chez lui.

L'Eglise excommunia Tskir, et il s'enfuit se réfugier auprès de l'émir. Avec l'aide de Sahak, il revint sur le trône d'Anchi et envoya un détachement militaire pour détruire le monastère de Khandzta.

Les moines de Khandzta et leur higoumène rencontrèrent les assaillants avec humilité et demandèrent du temps pour célébrer la Liturgie dominicale. La fraternité entière pria en pleurant vers le Seigneur pour sauver le monastère. La Liturgie n'est pas encore terminée quand un messager arriva d'Anchi pour annoncer que Tskir était mort subitement.

Vers la fin de sa vie saint Grégoire passa la plupart de son temps au monastère de Shatberdi, qu'il avait lui-même construit. Quand il reçut le signe que sa mort approchait, il distribua des cierges dans tous les monastères du désert de Klarjeti et demandé qu'ils soient allumés le jour de sa mort. Il demandé à tous de se souvenir de lui et dit adieu à Khandzta.

Le jour de son repos en Christ, les saints pères de tous les coins de Klarjeti se réunirent pour recevoir la bénédiction finale de leur maître. Grégoire les bénit, les exhorta pour la dernière fois, et rendit son âme à Dieu.

Quand il rendit son dernier soupir, une voix se fit entendre du Ciel, lui disant: «N'aie pas peur de venir, ô vénérable serviteur de Jésus-Christ, car le Christ, le Roi des cieux, t'a Lui-même oint, ô ange terrestre et homme céleste. Maintenant, viens et approche de ton Seigneur avec grande joie et prépare-toi à l'exaltation, car tu es béni entre les saints et ta gloire éternelle a été préparée! "

Riche en bénédictions et parfait en sagesse, paissant justement les habitants du désert, saint Grégoire de Khandzta reposa en Christ le 5 octobre 861, à l'âge de 102 ans. Conformément à sa volonté, il fut enterré parmi ses frères dans le monastère de Khandzta.

Tu as reçu le joug du Christ, tu portas sa Croix sur tes épaules, et tu souffris dans ta chair Sa souffrance divine. Par tes labeurs sacrés,  tu eux part à Sa gloire divine et tu acquis la récompense de Sa grâce, ô Père saint Grégoire!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Lives of the Georgian Saints
de
l'Archiprêtre Zakaria Machitadze
in

mardi 17 octobre 2017

SAINT HIEROMARTYR EVDEMOZ, Catholicos-Patriarche de Géorgie († 1642)



Mémoire 4 /17 octobre

Saint Evdemoz a dirigé l'Église orthodoxe géorgienne au milieu du 17e siècle, durant le règne du roi Rostom-Khan (1632-1658), un géorgien qui s'était converti à l'islam.

Après avoir tué le roi de Kartli Louarsab II et chassé le roi de Kakhétie Teimuraz I, le shah persan Abbas Ier avait déclaré Rostom-Khan souverain d'un royaume unifié de Kartli-Kakhétie. Rostom essaya d'être accommodant dans ses politiques et de protéger les croyances et les traditions à la fois du shah persan et du peuple géorgien: il établit un salaire standard pour le clergé et construisit même des églises géorgiennes, mais la société se détériora quand même rapidement. Les vices humains devinrent monnaie courante, et les péchés comme ceux de Sodome et Gomorrhe se multiplièrent. La nation était tellement vaincue par le péché que même le clergé cessa de se comporter d'une manière conforme à son rôle donné par Dieu.

Mais le berger en chef de la nation géorgienne ne céda pas à la décadence morale de son troupeau, et il affronta cette crise avec conviction et courage. Plusieurs fois, il mena ses plus vaillants chefs militaires dans la révolte contre la Perse. A l'instar du Catholicos Evdemoz, plusieurs princes géorgiens se rebellèrent contre la politique pro-persans de Rostom-Khan et chassèrent l'influence islamique de leurs territoires.

Le Catholicos Evdemoz résista à la coutume islamique d'élever les héritiers du roi à la cour du shah depuis leur jeune âge. Il ne fut jamais trop intimidé par le roi pour exposer ses fautes et lui dire à chaque occasion propice: " Tu es le père naturel des musulmans, mais le parâtre des chrétiens"

Evdemoz était le père spirituel de la femme de Rostom-Khan, la fidèle Reine Mariam, fille de Manouchar Dadiani, prince de Samegrelo.

En raison des labeurs du saint Catholicos Evdemoz et de la reine Mariam, l'âme chrétienne du peuple géorgien ne fut pas entièrement éteinte. Les géorgiens construisirent des églises, écrivirent de la littérature spirituelle, et peu à peu retrouvèrent leur conscience nationale. Le Catholicos Evdemoz prêcha dans tout le pays et développa et mit en œuvre un plan pour amener le roi Teimuraz, qui avait été chassé par le shah Abbas, de retour sur le trône.

Naturellement Rostom-Khan se sentit menacé par la forte influence que le Catholicos Evdemoz avait sur les gens. En 1642, il arrêta le berger en chef du peuple géorgien et essaya de le convaincre, mais ni sa tendresse feinte, ni ses menaces n'entamèrent la ferme volonté de l'homme qui aimait le Christ et sa patrie par-dessus tout. Après son arrestation, saint Evdemoz critiqua le roi encore plus durement et appela le peuple à se soulever contre lui. Enfin Rostom-Khan ordonna que le Catholicos Evdemoz soit étranglé à mort dans sa cellule de prison, et comme une insulte subséquente, son corps fut jeté hors de la Forteresse de Nariqala (à Tbilissi) dans la direction des bains turcs.

Cette nuit-là, un groupe de chrétiens volèrent le corps du saint hiéromartyr. le  Catholicos-Patriarche Evdemoz et l'enterrèrent dans le coin nord-ouest de l'église d'Anchiskhati à Tbilissi.

Majestueux hiérarque de l'Eglise, yeux des martyrs, et étoile brillante, Ô saint Catholicos Evdemoz, supplie le Christ Dieu d'avoir pitié de nos âmes!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Lives of the Georgian Saints
de
l'Archiprêtre Zakaria Machitadze
in

dimanche 15 octobre 2017

MEGALOMARTYRS DAVID ET CONSTANTIN († 740)






Mémoire 2 (15) Octobre

La 8ème siècle fut extrêmement difficile pour le peuple géorgien. Marwan bin Muhammad (appelé "le sourds" par les Géorgiens et "l'aveugle" par les Arméniens), souverain perse et chef militaire du calife arabe, envahit les parties orientales de l'Empire byzantin, puis l'Arménie et la Géorgie. Par le feu et l'épée, il se fraya un chemin à travers la Géorgie de l'est à partir de la ville de Tskhoumi (maintenant Soukhoumi) dans la région d'Abkhazeti. Les princes David ( Davit) et Constantin Mkheidze d'Argveti étaient des chrétiens fidèles et des chefs militaires qualifiés. Quand ils entendirent parler de l'invasion de l'ennemi, les frères prièrent Dieu pour leur protection, rassemblèrent leurs armées, et exhortèrent leur peuple à prier avec ferveur pour obtenir l'aide de Dieu.

Les guerriers perses approchèrent Argveti de Samtskhe et attaquèrent les géorgiens sur le mont Persati. L'armée géorgienne gagna la bataille, avec David et Constantin qui dirigeaient la résistance contre les redoutables conquérants.

Mais bientôt la colère de Marwan le Sourd rassembla une armée considérable et marcha vers Argveti pour se venger. Cette fois l'ennemi mit en déroute l'armée géorgienne. Beaucoup furent tués et ceux qui survécurent furent forcés de fuir dans les forêts. Les commandants David et Constantin furent emmenés en captivité.

Les soldats perses lièrent David et Constantin et les conduisirent devant Marwan le Sourd, qui commença à se moquer d'eux. Mais ils réagirent avec un calme complet, en disant: "Ton rire et ta vantardise sont vains, car la gloire terrestre est éphémère et bientôt s'efface. Ce n'est pas ton courage qui nous a capturés, mais nos propres péchés. Pour l'expiation de ces péchés nous sommes tombés dans les mains de l'ennemi impie! "

Marwan furieux, ordonna que les frères soient battus sans pitié, mais ils supportèrent la souffrance avec endurance.

Étonné par la détermination des frères, Marwan décida de les gagner plutôt par la flatterie. Lui promettant de grands honneurs et le commandement des armées, il se tourna vers le frère aîné, David, en disant: "J'ai entendu parler de ton courage, et je te conseille d'abandonner ta foi erronée et de te soumettre à la foi de Mahomet!"

Saint David se signa et répondit: "Que cette honte ne vienne pas sur nous, car nous quitterions la Lumière et nous nous rapprocherions des ténèbres!" Puis il  condamna l'erreur de la foi islamique: "Mahomet vous a convertis du culte de feu, mais il ne pouvait pas instiller en vous la connaissance du vrai Dieu. Par conséquent, il semble que vous ayez subi un naufrage et que vous vous vous êtes sauvés des profondeurs de la mer, mais noyés dans les eaux peu profondes de la côte."

Furieux de cette réponse, Marwan se tourna vers le jeune frère, Constantin, dans l'espoir de le gagner à sa cause. Mais Constantin fut également inflexible, et sans crainte, il glorifia la Très Sainte Trinité: "Mon frère et moi David croyons et suivons la même foi et une doctrine dont nous avons été instruits. Notre foi est dans le Père et le Fils et l'Esprit Saint, et nous mourrons pour le bien du seul Vrai Dieu! "Marwan ordonna que les deux frères meurent de faim. Après avoir souffert pendant dix jours, Marwan envoya des sorciers et des magiciens pour susciter en eux le désir de se convertir à l'islam, mais leurs efforts furent vains. Enfin les saints frères David et de Constantin furent amenés à la rivière près de l'église des Saints Côme et Damien. Là, ils furent sauvagement battus et ligotés. De lourdes pierres furent suspendues à leur cou, et ils furent noyés dans la rivière.

Cette nuit-là trois faisceaux de lumière descendirent du ciel et illuminèrent l'endroit où les deux frères avaient été noyés. Selon la volonté du Dieu saint, les cordes qui liaient les saints martyrs furent déliées, et leurs corps flottèrent à la surface. Un groupe de fidèles chrétiens les retirèrent du fleuve et les enterrèrent sur la rive de la rivière Tsqaltsitela, dans une église que Marwan le Sourd avait dévastée.

Le lieu de leur sépulture est resté caché jusques au début du 12ème siècle, sous le règne du roi Bagrat le Grand (1072-1117). Puis, dans l'accomplissement du décret du roi Bagrat, le Monastère des Martyrs(Motsameta) fut construit à cet endroit, et les reliques incorrompues des mégalomartyrs y sont toujours conservées.

Ô victorieux David et héroïque Constantin, délivrez de la tentation ceux qui demandent votre intercession, et par votre sainte protection, accordez-leur la paix!


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Lives of the Georgian Saints
de
l'Archiprêtre Zakaria Machitadze
in

samedi 14 octobre 2017

LA FÊTE DE LA ROBE DE NOTRE SEIGNEUR, LE PILIER MYRRHOBLYTE ET VIVIVIFIANT, LE ROI ET LA REINE EGAUX-AUX-APÔTRES MIRIAN ET NANA ET LES SAINTS SIDONIE ET ABIATAR (4ème siècle)


Elioz of Mtskheta acquiring the Robe of the Lord
Elioz de Mtskheta acquiert la Robe du Seigneur
Fête le 1/14 octobre


Pendant le règne du roi Aderki de Kartli, la diaspora juive à Mtskheta apprit qu'un enfant merveilleux était né à Jérusalem. Puis, trente ans plus tard, un homme est venu à Jérusalem pour délivrer ce message: "Le jeune a grandi. Il S'appelle Lui-même le Fils de Dieu et nous prêche la Nouvelle Alliance. Nous avons envoyé des émissaires à chaque diaspora juive pour exhorter les savants de la religion à venir à Jérusalem et à juger des mesures qui devraient être prises en ce qui concerne cette affaire. "

En réponse à la demande de l'envoyé et à la recommandation du Sanhédrin juif, Elie (Elioz) de Mtskheta et Longin (Longinoz) de Karsani furent choisis pour aller à Jérusalem. Elie de Mtskheta était né dans une famille pieuse, et sa mère l'avait préparé pour le voyage, elle le supplia en pleurant de ne pas prendre part à l'effusion du sang du Messie.

Quand les soldats romains clouaient notre Sauveur sur la Croix au Golgotha, la mère d'Elie entendit miraculeusement chaque coup de marteau. Elle cria de peur, "Adieu majesté des Juifs! Dans la mesure où vous avez tué votre Sauveur et Rédempteur, désormais vous êtes devenus vos propres ennemis! "Avec cela, elle rendit le dernier soupir.

Après que les soldats eussent tiré au sort la robe de Notre-Seigneur, il fut acquise par Elie et Longin, et avec grand honneur ils l'ont amené avec eux à Mtskheta. À leur arrivée, Elie rencontré sa sœur, Sidonie qui reçut de lui la robe sacrée. Avec beaucoup de chagrin, elle écouta le récit de la crucifixion du Sauveur, elle saisit la robe et la pressa sur sa poitrine, et elle rendit immédiatement  l'esprit.

De nombreux miracles furent accomplis par la robe, et cette nouvelle se répandit comme un éclair à travers Mtskheta. Le roi Aderki avait un grand désir de posséder la robe, mais, effrayé par les miracles, il ne tenta pas de la libérer de l'étreinte de Sidonie. Elie fut obligé d'enterrer sa sœur et la précieuse robe ensemble. Un cyprès grandit sur la tombe de Sidonie. Quand les disciples de Christ après la Pentecôte tirèrent au sort, l'apanage de l'évangélisation de la Géorgie incomba à la Très Sainte Génitrice de Dieu. Mais le Christ révéla à Sa mère que ce n'était pas Sa volonté qu'elle y prêche.

"Tu as été chargée de protéger la nation géorgienne," dit-il, "mais le rôle de l'évangélisation de cette terre appartient à Mon disciple André le Protoclyte (le Premier Appelé). Envoie-le avec une image de ton visage "non-fait-de-main.d'homme" pour protéger le peuple géorgien jusques à la fin des siècles! "

Svetitskhoveli Cathedral, built over the Robe of the Lord

Cathédrale de Svetitskhoveli, 
construite au-dessus de la robe du Seigneur

Selon la volonté de Dieu et la bénédiction de la Mère de Dieu, saint André le Protoclyte partit pour la Géorgie pour prêcher la foi chrétienne. Il entra dans la Géorgie du sud-ouest, dans la région d'Atchara, et ensuite prêcha dans toutes les régions du pays. Il instaura une hiérarchie dans l'Eglise géorgienne et il retourna ensuite à Jérusalem pour Pâques. Quand il se rendit en Géorgie pour la deuxième fois, l'apôtre André fut accompagné par l'apôtre Matthias et Simon le Cananéen.

Les années passèrent et, sous la menace des Perses adorateurs du feu et des autres communautés païennes, la mémoire du Christ disparut de l'esprit du peuple géorgien.

Puis, au début du 4ème siècle, selon la volonté de Dieu et la bénédiction de la Très Sainte Génitrice de Dieu, la vierge sainte Nina arriva à Kartli pour prêcher la foi chrétienne. Elle s'installa dans la périphérie de Mtskheta, dans les ronces du jardin du roi. Sainte Nina s'enquit de la localisation de la robe de notre Seigneur, mais personne ne pouvait se rappeler où elle avait été préservée. Dans sa quête de la robe précieuse, elle fit connaissance avec les descendants d'Elie, du prêtre juif Abiatar et de sa fille, Sidonie. Sainte Nina les convertit au christianisme.

Sainte Nino fut béni par Dieu par le don de guérison. Elle guérissait les affligés par le nom de notre Sauveur crucifié et par la grâce de la croix formée à partir des vignes de la Mère de Dieu et liée avec des mèches de cheveux de sainte Nina. [1]

A cette époque, le roi Mirian régnait sur Kartli. Suivant les traces de ses ancêtres, il adorait l'idole Armazi, mais dans la profondeur de son cœur, il était attiré par la foi que la sainte vierge Nina prêchait. L'épouse de Mirian, la reine Nana, était la fille d'un célèbre chef militaire du Pont. Ainsi, le roi avait reçu une certaine connaissance de la foi des Grecs.

Un jour la reine Nana tomba profondément malade, et par les prières de sainte Nina la mort lui fut épargné. Après cette guérison miraculeuse, le roi Mirian fut intrigué par la foi que sainte Nina prêchait, et il commença à poser des questions à Abiatar nouvellement illuminé par les Saintes Ecritures.

Un jour, alors qu'il chassait sur le mont Tkhoti près de Mtskheta, le roi Mirian fut soudain saisi par un mauvais esprit, et il brûlait du désir de détruire le peuple chrétien de sa terre et par dessus tout la vierge Nina. Mais, soudain, le soleil fut éclipsé, et le roi fut entouré par les ténèbres. Mirian effrayé pria les dieux païens de le sauver de cette terreur, mais ses prières restèrent sans réponse. Alors, désespéré, il se mit à prier le Dieu-homme crucifié et un miracle se produisit: l'obscurité se dispersa et le soleil brilla comme auparavant. En levant les mains vers l'est, Mirian s'écria: "Tu es le véritable Dieu prêché par Nina, le Dieu des dieux et le Roi des rois!"

Ayant regagné la capitale, le roi Mirian se rendit aussitôt dans les ronces où sainte Nina habitait. Il la salua avec beaucoup d'honneur et passé plusieurs heures à la recherche de ses conseils. Sur sa recommandation, il envoya des messagers à l'empereur Constantin à Byzance, lui demandant d'envoyer des prêtres pour baptiser les gens de Kartli et des architectes pour construire des églises.

Ceci se passa le 24 Juin de l'année 324, qui était un samedi. Le roi Mirian  commença à construire une église pour que les prêtres venant de Constantinople aient un endroit pour servir. Sept colonnes pour soutenir l'église furent formées à partir du bois d'un arbre de cyprès qui avait grandi dans le jardin du roi. Six des colonnes furent érigées sans problème, mais la septième jour ne put être déplacée de l'endroit où elle avait été sculptée. Sainte Nina et ses disciples prièrent toute la nuit et à l'aube, ils virent comme un jeune homme, entouré d'une lumière brillante, qui descendit des cieux et souleva la colonne. La colonne miraculeuse se mit à briller et s'arrêta au milieu de l'air, à une hauteur de douze coudées.

The miracle of the Life-giving Pillar
Le miracle du pilier vivifiant

Une odorante myrrhe commença à couler sous les fondations du saint pilier, et toute la population de Mtskheta afflua à cet endroit pour recevoir sa bénédiction. En approchant du pilier vivifiant, les malades étaient guéris, les aveugles recouvraient la vue, et les paralytiques se mettaient à marcher.

En ce temps-là, un certain évêque Jean et sa suite étaient arrivés de Constantinople. Saint Constantin le Grand envoya une croix, une icône du Sauveur, un fragment de la Croix vivifiante de notre Seigneur (de l'endroit où ses pieds se trouvait), et un clou de sa crucifixion comme cadeaux au roi Mirian Roi et à son peuple nouvellement illuminés.

Au confluent des rivières Mtkvari et Aragvi à Mtskheta, le roi et la reine, la cour royale, et tous les gens de Kartli furent baptisés dans la foi chrétienne. Après le baptême glorieux, l'évêque Jean et sa suite de Constantinople partirent vers le sud de la Géorgie, pour le village d'Erusheti. Là, ils construisirent des églises et présentèrent à la communauté chrétienne le clou de la Crucifixion de notre Seigneur. Peu de temps après, ils commencèrent à construire l'église de Manglisi et placèrent à l'intérieur le fragment de Croix vivifiante.

Le roi Mirian voulut garder quelques-uns des objets sacrés nouvellement obtenus dans la capitale, mais sainte Nina l'informa que l'un des objets les plus sacrés, la robe de notre Sauveur, se trouvait déjà à Mtskheta. Le roi fit appeler le prêtre Abiatar et s'enquit de la robe, puis une grande joie après qu'Abiatar eut confirmé les paroles de sainte Nina, que la robe du Seigneur était dans les bras de Sidonie, qui avait été enterrée sous la souche du cyprès qui servait maintenant de socle pour le pilier vivifiant.

The Baptism of King Mirian and Queen Nana
Le baptême du roi Mirian et la reine Nana

A cette époque, un arbre luxuriant et parfumé, miraculeux poussa sur une montagne au-dessus de Mtskheta et, à la suggestion de l'évêque Jean, le prince Revi, le fils du roi Mirian, ordonna que l'arbre soit abattu et qu'une croix soit formée à partir de son bois. L'arbre fut abattu et replanté, sans ses racines, à côté d'une église qui était en construction.

Pendant 37 jours de l'arbre conserva son aspect d'origine - même ses feuilles ne se fanaient ou ne dépérissaient pas. Puis, après que 37 jours se furent écoulés, trois croix furent formées à partir de son bois.

Pendant plusieurs jours après ce miracle le peuple de Mtskheta eut une vision: au cours de la nuit, une croix de feu brillait au-dessus de l'église, entourée d'étoiles. Le matin venu, deux des étoiles s'était éloignées de la croix dans des directions opposées - l'une à l'ouest et l'autre à l'est. La croix de feu dirigée vers le nord, s'arrêta pendant un certain temps sur la colline de l'autre côté de la rivière Aragvi, puis elle disparut.

Sainte Nina conseilla au roi Mirian d'ériger l'un des trois croix à l'ouest, sur la montagne Tkhoti, et une autre à l'est, dans le village d'Oujarma. Mais il ne savait pas où la troisième croix devait être érigée, alors le roi Mirian implorait en prière le Seigneur de lui révéler l'endroit. Le Seigneur entendit sa prière et  envoya un ange pour lui montrer l'endroit: une colline rocheuse au nord de la capitale, au confluent des rivières Aragvi et Mtkvari. Aujourd'hui, cette colline est appelée Jvari (Croix en Géorgien) et sur elle se dresse la magnifique église du monastère de Jvari. Au moment où la croix fut érigée sur cette colline, toutes les idoles de Mtskheta tombèrent et se brisèrent en morceaux.

Avant sa mort, le roi Mirian bénit son héritier, le prince Bakar, et lui demanda de consacrer sa vie à la Sainte Trinité et de lutter sans cesse contre les idolâtres. Puis il reposa paisiblement dans le Seigneur. Selon sa volonté, le saint roi Mirian égal-aux-apôtres fut enterré dans l'église supérieure à Samtavro, où se trouve aujourd'hui un couvent en l'honneur de sainte Nina. Le roi était trop modeste pour être enterré dans l'église inférieure, la cathédrale de Svetitskhoveli, dans laquelle le pilier vivifiant avait été préservé.

La reine Nana reposa en Christ deux ans plus tard et fut enterrée à côté de son mari.

Glorifiant la Très-Sainte Génitrice de Dieu et le Fils né d'elle, toutes les nations de la terre célébre la lumière du Pilier vivifiant et la Robe de notre Seigneur. Ils font couler une myrrhe sainte comme un signe d'immortalité, afin que nos âmes puissent trouver la vie éternelle!

  Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Lives of the Georgian Saints
de
l'Archiprêtre Zakaria Machitadze
in