Biographies des héros spirituels de la terre de Géorgie, moniales, moines, ascètes, martyrs, clercs ou laïcs qui ont fait briller sur elle la Lumière du Christ!

mercredi 24 mai 2017

Bienheureux Kristesia, appelé Christophe (Kristepore) († 1771)



Mémoire le 11/24 mai

La famille du bienheureux Kristesia était d'Egrisi dans l'ouest de la Géorgie. Dès sa jeunesse, Kristesia aspirait à assister aux services religieux et à la vie solitaire, mais il fut forcé par son maître de se marier, et par ce mariage, il engendra un fils. Plus tard, quand sa femme et son fils furent morts, son maître ainsista pour qu'il se remarie, mais le  pieux Kristesia n'obéit pas à l'ordre de son maître.

Au lieu de cela, il rapporta l'ordre de son père spirituel, qui lui conseillait de s'écarter du monde et de voyager vers le désert de Davit-Gareji. Profondément inspiré par l'avocat de son père spirituel, Kristesia abandonné ses biens et sa vie dans le monde et se retira au monastère de Saint-Jean-Baptiste dans le désert Davit-Gareji.

Le saint Père passa de nombreuses années dans l'humble service au Seigneur. Il fut affecté à ramasser du bois et à apporter de l'eau pour le monastère, et il effectua ces tâches avec une obéissance et une humilité parfaite. Chaque jour, il marchait sur quatre miles pour remplir une cruche d'eau puis la portait à une petite cabane à proximité. Il accrochait la cruche à l'entrée pour la rendre visible de loin, et les voyageurs qui passaient par là venaient pour y étancher leur soif. Il s'occupait également d'un petit potager pour nourrir les passants. Chaque samedi, il préparait les collybes (un plat de blé et de miel traditionnellement offert pour commémorer les défunts) et le divisait en trois parties: une partie commémorait la famille et les proches de ceux qui avaient donné le blé et le miel, la seconde les pères décédés du monastère, et la dernière, tous les chrétiens orthodoxes défunts.

Cela perturbait toujours saint Kristesia de voir ses frères et sœurs opposés les uns aux autres, alors quand il apprenait que deux personnes se disputaient, il allait les réconcilier. "Mes enfants!" disait-il: "Si vous n'observez pas mes paroles, je partirai chagriné, et le Diable, qui est toujours résistant à la paix, se réjouira et enverra plus de tribulations sur vous. Je suis venu à vous ayant faim, et je m'en irai avec la faim! "Ses paroles réchauffaient les cœurs de ceux qu'il conseillait et les aidaient à se réconcilier.

Une chaude soirée après les vêpres, saint Kristesia partit à pied pour un certain village. Il partit dans la pénombre, et quand la nuit fut tombée, le ciel était sans lune et extraordinairement sombre. Avant longtemps, il devint difficile de marcher plus loin, aussi saint Kristesia s'arrêta pour prier, et une lumière vive apparut devant lui pour éclairer le chemin. La lumière divine le guida tout au long de la nuit, jusqu'à ce qu'il atteigne le village de Sartichala.

La cellule de saint Kristesia était pauvre et exiguë. Il dormait sur un lit de planches de bois qu'il couvrait en peau de mouton, et en guise d'oreiller, il posait sa tête sur une pierre. Le pieux ascète portait un manteau en peau de mouton et des sandales d'écorce. Tout ce qu'il recevait, il le donnait aux pauvres. Après avoir placé une confiance totale en Dieu, il ne se permettrait pas de se soucier du lendemain, et il ne prenait pas la peine de stocker de la nourriture ou des fournitures pour les durs mois d'hiver.

Père Kristesia était déjà avancé en âge quand il fut tonsuré moine et reçut le nouveau nom de Christophe. Il reposa paisiblement en Christ en 1771, à l'âge de quatre-vingts ans.

Ô saint Père Christophe, supplie ton bien-aimé Christ Dieu d'avoir pitié de nos âmes!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
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lundi 22 mai 2017

Dormition du vénérable Shio de Mgvime (6ème siècle)



St. Shio of Mgvime.


Fêté le 9/22 Mai et Le Dimanche de la Tyrophagie

Il fut parmi les treize saints qui venus de Syrie prêchèrent la foi chrétienne en Géorgie. Ses parents étaient de pieux nobles qui donnèrent à leur fils une bonne éducation.

Quand il eut vingt-deux ans, Shio entendit parler des grands exploits spirituels de Saint Jean de Zedazeni et de ses disciples qui œuvraient dans le désert et il alla secrêtement leur rendre visite. Saint Jean promit de recevoir Shio comme disciple avec l'autorisation de ses parents. Mais quand il revint chez lui, il ne dit rien à ses parents de ce qui était arrivé.

Le temps passa et les parents de Shio entrèrent tous deux dans un monastère. Alors Shio vendit toutes ses possessions, distribua les profits qu'il en tira aux pauvres, aux veuves, aux orphelins et aux ermites, il libéra tous les esclaves de sa famille et s'en retourna vers saint Jean.

Saint Jean reçut Shio avec joie, le tonsura moine et le bénit pour qu'il reste au désert. Il y œuvra avec Saint Jean pendant vingt ans. Alors Jean reçut une révélation divine lui demandant de choisir douze disciples et de partir en Géorgie pour y faire croître la foi de son peuple. Shio fut un des douze disciples choisis pour le suivre dans cette sainte mission.
Ils arrivèrent en Géorgie et s'installèrent sur la montagne de Zedazeni. Puis, avec la bénédiction du Catholicos Evlavios et de saint Jean, ils se dispersèrent dans toute la contrée pour y prêcher la Parole de Dieu.
Selon les ordres de son instructeur, saint Shio s'installa dans les grottes de Sarkineti, près de Mtskheta et il commença à mener une vie ascétique très stricte. Il n'y avait pas d'eau et de nombreux animaux sauvages avaient élu domicile dans ces grottes. Mais les privations et les tribulations qu'il rencontra n'ébranlèrent pas la grande foi de Shio. Comme le prophète Elie, Shio reçevait sa nourriture de la bouche d'oiseaux qui la lui apportaient.
Un jour, après que Shio eût prié longtemps, une lumière rayonnante apparut soudain à l'endroit où il était. Et la Très sainte Mère de Dieu et saint Jean Baptiste se tenaient devant lui. Après cette visitation miraculeuse, il se mit à prier avec encore plus de zèle et il passa de nombreuses heures seul dans le désert.
Une autre fois, saint Evagre, alors gouverneur et conseiller militaire du roi Parsman alla chasser dans les montagnes de Sarkineti. Là, il rencontra saint Shio et étonnée de sa pitié, il résolut de rester avec lui. La nouvelle de sa conversion se répandit dans toute la Géorgie et de nombreuses personnes vinrent constater de leurs yeux les actions miraculeuses du vénérable père.

Un jour, saint Shio priait Dieu de lui révéler l'endroit où il désirait que soit construite une église. Il plaça un morceau de charbon ardent dans sa main, y mit de l'encens et fit comme si sa main était un encensoir. Puis il suivit la fumée tandis qu'elle s'élevait en volutes au-dessus du charbon ardent. A l'endroit où elle s'élevait droite comme une colonne, il prit son bâton, et marqua le sol où l'église serait construite.
Quand le roi Parsman entendit parler du changement radical de vie de son conseiller militaire, il fut grandement troublé et il erra dans le désert pour le trouver. Mais quand il vit la Grâce Divine briller sur le visage de saint Shio, il enleva sa couronne et s'agenouilla humblement devant lui. Avec révérence, saint Shio bénit le roi, l'aida à se relever et replaça la couronne sur sa tête. Suivant l'exemple du roi, toute la cour royale vint recevoir la bénédiction de saint Shio. Un noble qui avait une blessure à l'œil, s'agenouilla devant saint Shio, toucha de son œil les pieds du saint père et reçut immédiatement la guérison.
Un autre jour, le roi Parsman demanda à saint Shio s'il avait besoin de quoi que ce soit et il répondit: " O roi souverain, Dieu illumine le cœur des rois. Fais ce que te dit ton cœur!"
En guise de réponse, le roi donna beaucoup d'argent pour la construction de l'église du désert: les terres de quatre villages, un saint calice et un discos, une croix d'or et un Evangile finement décoré qui avait appartenu au saint roi Vakhtang Gorgasali ( ✝ 502).
Quand la construction de l'Eglise fut terminée, le roi y vint avec le Catholicos, plusieurs évêques et saint Jean de Zedazeni. Les hiérarques consacrèrent l'église nouvellement bâtie et une communauté monastique y grandit rapidement. Le nombre des moines œuvrant dans le monastère du roi Parsman atteignit presque deux milles. Beaucoup de gens visitaient cet endroit pour recevoir les bénédictions miraculeuses de saint Shio et ils étaient guéris de nombreuses maladies.
Saint Shio accomplit en effet de nombreux miracles: un jour, un loup qui rôdait autour du monastère avait ravagé un troupeau d'ânes. Quand saint Shio entendit cela, il pria Dieu de transformer le loup en protecteur du troupeau. A partir de ce jour, le loup resta paisiblement au milieu des autres animaux sans leur faire de mal.
Avec la bénédiction de son maître saint Jean de Zedazeni et du Catholicos de Géorgie, saint Shio rassembla ses disciples, leur indiqua la voie qu'ils devaient suivre, nomma Evagre son successeur en tant qu'higoumène et entra en réclusion dans un puits qu'il avait lui-même creusé. Là, il passa quinze ans en prières et jeûnes. Finalement, quand Dieu lui révéla que sa mort approchait, saint Shio reçut les Saints Dons et levant les mains aux cieux, il dit: " Seigneur, reçois l'âme de Ton serviteur!"
Plus tard, pendant une des invasions perses, les soldats du Shah Abbas découvrirent les reliques du saint père et les emportèrent en Perse. Cette même année, la Perse fut ravagée par une terrible épidémie de peste, et les envahisseurs effrayés rapportèrent les reliques au monastère de Shio-Mgvime.
Ô saint père Shio
Image de la repentance
Et offrande au peuple géorgien,
Supplie Dieu de nous accorder la paix
Et Sa grande miséricorde

in Archpriest Zakaria Machitadze,
Lives of the Georgian Saints
St. Herman of Alaska Brotherhood, 2006
Version française Claude Lopez-Ginisty

samedi 20 mai 2017

Vénérable Jean (Ioane) de Zedazeni et ses douze disciples (6ème siècle)

St. Ioane of Zedazeni

Mémoire le 7/20 mai

Notre saint Père Jean (Ioane) de Zedazeni et ses douze disciples, Habib (Abibos) de Nekresi, Antoine (Anton) de Martqopi, David (Davit) de Gareji, Zénon de Iqalto, Thaddée (Tadeos) de Stepantsminda, Jesse (Ise) de Tsilkani, Joseph (Ioseb) d'Alaverdi, Isidore de Samtavisi, Michel (Mikael) d' Ouloumbo, Pyrrhus (Piros) de Breti , Stephane (Stepane) de Khirsa et Shio de Mgvime, étaient des ascètes syriens et les pères fondateurs de la vie monastique géorgienne. 
Saint Ioane reçut son éducation spirituelle à Antioche. Très tôt dans sa jeunesse, il fut tonsuré moine et se retira dans le désert. Le Seigneur, en reconnaissance de son humilité, de sa diligence dans le jeûne et de sa vigilance dévote, bénit son fidèle serviteur avec le don de guérir les malades et de chasser les démons. Saint Jean fut célébré pour ses actes et ses saints miracles. Des foules curieuses étaient comme un essaim autour de lui, et après quelque temps, il jugea nécessaire de se retirer dans une solitude encore plus profonde. Emmenant avec lui plusieurs de ses disciples, il choisi une région éloignée, façonna pour lui-même une cellule, et commença à œuvrer comme ermite.

Un jour, la Très Sainte Génitrice de Dieu apparut à saint Jean et lui dit: "Prends douze moines et va avec eux en Géorgie, la nation éclairée par Nina Egale-aux-Apôtres, et affermis l'âme chrétienne de son peuple." Saint Ioane relata cette vision à ses disciples, et après beaucoup de jeûne et de prière, il choisit douze d'entre eux: Habib, Antoine, David, Zénon, Thaddée, Jesse, Joseph, Isidore, Michel, Pyrrhus, Stéphane et Shio. Il laissa ses disciples restants dans le désert sous la garde de l'higoumène, le bienheureux staretz Euthyme (Ekvtime), et partit pour la Géorgie avec les douze moines qu'il avait choisis.

Par révélation divine le roi géorgien Parsman et le Catholicos Evlavios (Dévot) reçurent la bonne nouvelle que les vénérables pères étaient en Mésopotamie, sur le chemin de la Géorgie, et ils s'empressèrent de les accueillir avec les honneurs appropriés. Le roi Parsman et le Catholicos Evlavios rencontré les saints Pères comme ils s'approchaient de Mtskheta.

Les saints Pères vénérèrent le Bois myrrhoblyte diffusion du Pilier Vivant et la tunique de Jésus Christ à la cathédrale de Svetitskhoveli. De là saint Jean et ses disciples voyagèrent dans toute la Géorgie, visitant ses nombreux lieux saints.

Avec la bénédiction du Catholicos Evlavios, saint Jean et ses disciples s'installèrent sur le Mont Zedazeni, où un temple païen à l'idole Zadeni avait été érigé autrefois. Les moines vivaient dans les cellules misérables, ne mangeant que des plantes et priant sans cesse.

Ayant entendu parler des efforts spirituels de saint Jean et de ses disciples, les croyants chrétiens commencèrent à affluer vers le Mont Zedazeni. Beaucoup brûlaient avec nostalgie de rejoindre la vie monastique, et certains abandonnèrent le monde pour rejoindre les saints Pères à Zedazeni. De cette façon, le Mont Zedazeni fut transformé en une demeure d'ermites.

Une nuit, la Très Sainte Génitrice de Dieu apparut de nouveau à saint Jean et lui donna l'ordre d'envoyer ses disciples à travers le pays pour prêcher la Parole de Dieu. Dans la matinée, après avoir raconté la vision à ses disciples, saint Ioane leur donna ce conseil: "Notre Seigneur Jésus-Christ nous a envoyés pour accomplir de bonnes actions pour ce pays et son peuple, car ce sont des graines nouvellement plantées dans la foi chrétienne. Par conséquent, nous irons de l'avant, chacun dans sa propre direction, pour prêcher la Parole de Dieu! "

Saint Jean resta à Zedazeni et il vaqua à ses travaux habituels encompagnie du  diacre Elie (Ilia). Le Mont Zedazeni  était sans eau, mais saint Jean pria Dieu pour avoir une source, et le Seigneur lui envoya une source à l'eau curative au sommet de la montagne. Grâce aux saintes prières de saint Jean, un ours qui venait souvent à la source pour boire fut apprivoisé et devenu le gardien et le protecteur du monastère de  Zedazeni. (Jusques à ce jour, les bêtes de la forêt Zedazeni n'ont jamais dérangé une seule âme). Par l'intercession de saint Jean, un homme muet et paralysé depuis son enfance commença à parler et à marcher.

Après avoir servi Dieu avec ferveur pendant de nombreuses années, saint Jean reçut un signe que sa mort approchait. Il appela ses disciples, il les bénit, leur fit ses adieux, et les quitta avec la mission de l'enterrer dans la grotte où il avait habité. Après avoir reçu la Sainte Communion, saint Jean vit le ciel ouvert et les puissances incorporelles resplendissant avec les armées des saints. Le Seigneur rappela saint Jean à Lui, disant: "Je suis le Seigneur, le Dieu de ton père Abraham. Viens et je te donnerai du repos après les labeurs de ta vie." Le saint Père pria et rendit son âme au Seigneur.

Après son repos en Christ, les disciples de saint Jean raisonnaient en eux-mêmes qu'une grotte lugubre était inapte à servir de lieu de sépulture à leur Père saint, et avec un grand respect, ils enterrèrent ses restes dans une église, au pied de la montagne. Mais soudain, un violent tremblement de terre secoua le sol où ils se trouvaient. La terre cessé de trembler seulement après que les disciples apeurés se souvinrent de la volonté de leur berger et se rendirent compte que les secousses sismiques étaient un signe de Dieu. Alors les disciples, un prêtre et un diacre découvrirent les saintes reliques et inhumèrent saint Jean selon sa volonté. Alors qu'ils étaient en cours de translation, les saintes reliques de saint Jean guérirent de nombreux malades et démoniaques.

Au 10ème siècle, à l'époque du Catholicos Clément (908-923), une église en l'honneur de saint Jean-Baptiste fut construit sur le flanc sud de la grotte de saint Jean. La tombe du saint Père se trouve près de l'autel de cette église.

Le saint martyr Habib de de Nekresi fut consacré évêque de Nekresi à la demande de Parsman VI, roi de Kartli, et du Catholicos Evlavios. Rempli d'un saint zèle, l'évêque Habib convertit de nombreux païens à la foi chrétienne.

Au 6ème siècle les Perses forcèrent de nombreux Géorgiens à renier le Christ et à vénérer le feu conformément à leur propre coutume. Lorsque saint Habib versa de l'eau sur leur autel de sacrifice pour éteindre le "feu sacré", les Perses enragés le battirent cruellement, puis le lapidèrent à mort. Par ordre du marzban (vice-roi persan), les saintes reliques du martyr Habib restèrent pendant trois jours sous le ciel ouvert. Mais au grand étonnement du marzban, ni bête ni oiseau ne le touchèrent. La quatrième nuit, les moines du monastère de Rechi arrivèrent et transférèrent les saintes reliques au monastère de Samtavisi pour les enterrer. Plus tard, par ordre de Stéphane (Stepanoz) (600-619), le souverain légitime de Kartli, les saintes reliques de saint Habib furent à nouveau transférées au monastère de Samtavro à Mtskheta, et enterrées dans le sanctuaire sous la table de l'autel.

The Holy Thirteen Syrian Fathers. Front row: Davit of Gareji, Shio of Mgvime,

Les treize saints Pères syriens. Première rangée: David de Gareji, Shio de Mgvime.

Saint Antoine de Martqopi portait toujours avec lui une icône du Sauveur "Non-faite-de-main-d'homme" qu'il avait apportée d'Édesse en Asie Mineure.

Amoureux de la solitude, saint Antoine s'installa à le Gorge de Lonoati, mais les nombreux chrétiens curieux, attirés par ses prières et ses miracles, perturbèrent sa retraite. Alors, le saint Père a construisit un monastère pour ses fidèles disciples, et se retira en réclusion au-delà de la rivière Alazani, et plus tard il s'installa sur le Mont Akriani. Dans son nouvel ermitage, il mangeait principalement des plantes et l'écorce des arbres, et Dieu lui envoya un ours pour lui apporter de la nourriture. Plus tard, saint Antoine érigea une colonne au sommet de la montagne et y demeura pendant dix-huit ans.

Le vénérable Père reçut un signe de Dieu alors que sa mort était imminente, et au moment de son repos en Christ, il était agenouillé en prière devant l'icône du Sauveur. Ses disciples portèrent ses saintes reliques au bas de la colonne et les enterrèrent dans le monastère qu'il avait fondé, devant l'icône de la Mère de Dieu.

Saint David de Gareji s'installa d'abord à la périphérie de Tbilissi, nouvelle capitale de la Géorgie. Grâce à sa merveilleuse prédication, saint David convertit de nombreux adorateurs du feu et il fit venir des gens de beaucoup de croyances à la foi chrétienne.

Un jour, les adorateurs du feu se vengèrent: ils soudoyèrent une femme enceinte se mirent d'accord avec elle et accusèrent Saint David d'adultère. Mais le thaumaturge Saint David toucha de son bâton son personnel le ventre de la femme et dit: "Au nom du Seigneur Jésus-Christ, je t'ordonne, enfant, de nous dire qui est ton vrai père!" L'enfant prononça le nom de son véritable père de l'intérieur du ventre de sa mère. La foule des spectateurs fut indignée et commença à lapider les calomniateurs païens. Profondément troublé par les émeutes et incapable d'arrêter l'effusion de sang, saint David partit avec son disciple Lucien (Lukiane).

Saint David et Lucien s'installèrent dans le désert de Gareji dans le sud de la Géorgie. Le Seigneur leur fournit de la nourriture en abondance: tous les jours sauf les mercredis et vendredis, un troupeau de cerfs venait leur rendre visite. Lucien trayait les animaux, et quand David faisait le signe de la croix sur le lait, il était miraculeusement transformé en fromage. La nouvelle de ces miracles accomplis par les saints pères se répandit rapidement, et bientôt le désert de Gareji devint un refuge pour les nombreux chrétiens qui se languissaient de mener une véritable vie d'ascète.

Après quelque temps, un pieux moine appelé Dodo vint de Ninotsminda, village de l'est de la Géorgie, et, après avoir reçu la bénédiction de son père spirituel, il établit le monastère de la Très Sainte Mère de Dieu sur la côte orientale de la montagne de Gareji. Depuis ce temps, la chaîne [de montagne] orientale a été appelée "la chaîne de Dodo."

Saint David alla en pèlerinage à Jérusalem, mais quand il arriva là-bas, il s'est soudainement jugé indigne et n'a pas osé franchir les portes de la ville. Il a prié avec ferveur devant les portes de la ville, puis, dans son humilité profonde, il a choisi trois pierres à prendre avec lui comme des trésors et il s'en est allé. Cette même nuit, un ange apparut au Patriarche Elie de Jérusalem et lui a dit qu'un moine nommé David, qui était arrivé de Géorgie, enlevait toute la grâce de la Terre Sainte. Les messagers du Patriarche trouvèrent saint David et saisirent de lui deux des pierres. La troisième pierre il la ramena au monastère de Gareji.

Après avoir servi le Seigneur toute sa vie, à travers beaucoup de souffrances et de tribulations, saint David agréable à Dieu reposa paisiblement en Christ et il fut enterré au monastère de Davit-Gareji.


St. Mikael of Ulumbo, one of St. Ioane's disciples.

Saint Michel d'Ouloumbo, 
l'un des disciples de saint Jean.

Saint Jessé (Ise) de Tsilkani fut consacré évêque de Tsilkani par le Catholicos Evlavios, à la suggestion du saint Jean de Zedazeni. Le saint Père prêcha aux foules nombreuses et convertit de nombreux croyants. Avant longtemps, beaucoup de disciples s'étaient rassemblés autour de lui. Saint Jessé, comme les autres disciples de saint Jean, fut doté de la capacité de faire des miracles.

Un jour saint Jean décida de tester la foi de ses disciples, et il exigea que chacun d'entre eux fasse un miracle. Quand ce fut au tour de saint Jessé, il descendit à la rivière Ksani, traversa, puis fit toucher son bâton à l'eau et cria: "Au nom du Seigneur, je t'ordonne de me suivre!" Immédiatement la rivière commença de circuler dans le sens inverse, et elle suivit chaque mouvement du bâton du vénérable père. Saint Jessé conduisit la rivière au monastère de Tsilkani.

Ayant été témoin de ce miracle, beaucoup de gens furent convertis à la vraie foi.

Saint Jessé reçut un signe venant du ciel lorsque son repos en Christ était proche. Il communia aux saints dons et en priant, il rendit son âme à Dieu. Saint Jesse est enterré dans l'église Tsilkani de la Très Sainte Génitrice de Dieu. 

Saint Joseph (Ioseb) d'Alaverdi portait toujours avec lui une croix qui avait été formée à partir du bois de la Croix vivifiante de notre Sauveur. Avec la bénédiction de son maître, saint Joseph prêcha l'Evangile du Christ dans toute la région de Kartli dans l'Est de Géorgie et, plus tard s'installa dans le désert d'Alaverdi.

Un jour, saint Joseph rencontra un noble païen et lui prêcha la Parole de Dieu. Profondément inspiré par le Père Joseph rempli de la grâce de prédication, le noble fonda un monastère à Alaverdi. Les villageois de la région environnante entendirent parler des exploits spirituels du saint Père, et beaucoup d'entre eux quittèrent le monde pour œuvrer avec lui. Le nombre d'ascètes dans la région commença à augmenter de façon constante depuis ce temps.

Lorsque sa vie longue et remplie de labeur tira à sa fin, saint Joseph nomma un nouvel higoumène pour le monastère et reposa paisiblement dans le Seigneur. Jusques à ce jour, de nombreux miracles ont lieu sur sa tombe au monastère d'Alaverdi.

Dès sa jeunesse saint Shio de Mgvime (de la caverne) était un disciple de saint Jean de Zedazeni, et il le suivit en Géorgie. Saint Shio s'installa à Sarkineti,  région au nord-ouest de Mtskheta. La Très Sainte Mère de Dieu bénit le moine, et il effectué ses labeurs conformément à ses révélations.

Une colombe apportait de la nourriture au père béni et saint Evagre (à l'époque le souverain de Tsikhedidi) témoin de ce miracle un jour en chasse dans la région. Profondément inspiré par ses labeurs incessants, le prince quitta le monde pour devenir disciple de saint Shio. Il ne fallut pas longtemps avant que le désert de saint Shio ne soit rempli de gens qui aspiraient à la vie ascétique. Saint Shio fonda un monastère à Sarkineti, y rassembla près de deux mille moines pour y œuvrer avec lui, et il les forma à une vie ascétique rigoureuse.

Après avoir fait d'innombrables miracles, saint Shio promit finalement à Dieu qu'il passerait le reste de sa vie dans un puits qu'il avait creusé pour lui-même. Il nomma Evagre higoumène du monastère et il entra en réclusion au fond du puits. Là, il passa quinze ans et il reposa paisiblement dans le Seigneur. Les saintes reliques de saint Shio sont enterrées dans ce puits, et à ce jour de nombreux miracles ont lieu sur sa tombe.

Saint Pyrrhus (Piros) de Breti, appelé "L'image divine du repentir", fonda un monastère à Breti, sur la rive de la rivière Jvaristsqali. Ses reliques sont enterrées dans l'église de ce monastère.

Saint Isidore de Samtavisi prêcha la foi chrétienne dans Kartli pendant de nombreuses années, conformément aux instructions de son maître. Sur la rive orientale de la rivière Rekhoula, il fonda le monastère de l'icône du Sauveur "Non-faite-de-main-d'homme" de Samtavisi Il reposa en Christ et fut enterré dans ce monastère.

Saint Thaddée (Tadeos) de Stepantsminda prêcha d'abord à Mtskheta, et plus tard, il fonda un monastère au pied du Mont Zedazeni. Après le repos de saint Jean, saint Thaddée continua à prêcher dans tout Kartli et érigea de nombreuses nouvelles églises. Parmi elles, l'église du Protomartyr Etienne dans Ourbnisi est un exemple glorieux. Vers la fin de sa vie saint Thaddée se retira dans une grotte au Mont Tsleva non loin de la ville de Kaspi. Il reposa paisiblement en Christ et fut enterré à cet endroit. 

Saint Stéphane (Stepane) de Khirsa et ses compagnons prêchèrent dans toute la région de Kakhétie en Géorgie orientale. Plus tard, saint Stéphane fonda le monastère de Khirsa près du château de Kharnabouji. Il est enterré dans le sanctuaire de l'église du Protomartyr Etienne à Khirsa.

Saint Zénon d'Iqalto prêcha la foi chrétienne dans le nord de la Kakhétie et fonda le monastère d'Iqalto. Il reposa tranquillement après avoir accompli beaucoup de bonnes œuvres pour le compte de la vraie foi. Saint Zénon est enterré dans l'église de l'Icône du Sauveur "Non-faite-de-main-d'homme" au monastère d'Iqalto

Saint Michel (Mikael) d'Ouloumbo prêcha la foi chrétienne dans le nord de Kartli et en Ossétie. Il fonda un monastère dans la région d'Ouloumbo [1], où ses reliques thaumaturge furent ensuite enterrées.

Beaucoup d'enfants géorgiens furent élevés dans les monastères fondés par les treize Pères syriens. Pendant des siècles, la grâce divine des saints ascètes s'est répandue parmi le peuple géorgien et partout sur leur terre.

Ces monastères et les saints pères qui les ont fondés continuent à protéger le peuple géorgien contre toutes sortes de péché et d'incrédulité.

Ô Pères syriens craignant Dieu et trois fois vénérables, levez vos mains saintes vers le Roi Céleste et priez pour qu'il accorde la paix à notre nation, la sécurité à tout le peuple chrétien, et grande miséricorde à tous ceux qui invoquent Son nom!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006

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[1]Oulombo fut nommé d'après le Mont Olympe (En Vieux Géorgien, le Mont Olype est connu sous le Vocable Ouloumbo) centre monastique de Bythinie en Asie Mineure

vendredi 19 mai 2017

L'entrée en Géorgie de sainte Nina (Nino) Egale-aux--Apôtres, illuminatrice de la Géorgie (323)

Altar and cross erected at Lake Paravani, where St. Nino began to preach the Gospel in Georgia.
Autel et croix érigés au bord du lac Paravani, 
où sainte Nina commença à prêcher l'Evangile 
en Géorgie.

Mémoire le 19 mai /1 Juin

Les saints Apôtres André le Premier-appelé et Simon le Cananéen prêchèrent la foi chrétienne en Géorgie au 1er siècle, mais au début du 4e siècle, la majeure partie du pays était encore païen.

Après que la Mère de Dieu lui eut révélé la volonté de Dieu pour son avenir, Nina Egale-aux-Apôtres partit pour la Géorgie pour éclairer le peuple ibérique. Elle arriva en Arménie avec les saintes vierges martyres Rhipsimia, Gaiana et leurs cinquante compagnons. Les saintes vierges furent martyrisés en Arménie et, selon la volonté de Dieu, sainte Nina voyagea seule sur le lac Paravani, entrant en Géorgie depuis les montagnes du Djavakheti. Elle arriva au printemps, mais le temps était anormalement froid.

L'Eglise apostolique de Géorgie honora l'entrée de la sainte Egale-aux-Apôtres Nina comme un grand jour de fête. L'Eglise la commémore également le 14 Janvier, jour de son repos en Christ.

Réjouis-toi, toi qui apporta la joie à notre peuple. Réjouis-toi, par qui nous fûmes libérés du péché. Réjouis-toi, toi qui guidas ceux qui étaient perdus. Réjouis-toi, consolatrice des femmes chrétiennes. Réjouis-toi, qui illuminas le peuple géorgien avec la sagesse céleste. Réjouis-toi, toi qui fus sanctifiée par l'Esprit divin, O sainte épousée!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
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mardi 16 mai 2017

Vénérables Pères Michel (Mikael) et Arsène les Géorgiens (9e siècle)

Sts. Mikael and Arsen the Georgians.

Mémoire le 3/16 mai

Les biographies des saints Michel (Mikael) et Arsène les Géorgiens n'ont malheureusement pas été conservées. On sait qu'ils étaient contemporains du patriarche Serge de Jérusalem (843-859). La mention suivante est enregistrée dans le Synodicon [1] du monastère de la Sainte Croix de Jérusalem: "Nos saints Pères Michel et Arsène, fondateurs du monastère de l'Olympe"

Le dossier indique que les saints Arsène et Michel établirent le monachisme géorgien sur le Mont Olympe. [2] Selon Paul Ingorokva, érudit des Géorgiens du Moyen Age, Arsène était probablement un disciple de saint Grégoire (Grigol) de Khandzta. Ingorokva appelle Arsène "un beau gentilhomme, un doux moine plein de sagesse, le fils d'un grand seigneur, et un parent de Saint Ephrem (Eprem), évêque d'Atsqouri."

On pense qu'à un moment donné Arsène partit au monastère de Khandzta en Palestine et y œuvra là-bas avec un certain Macaire de Leteti. Par la suite, saint Arsène fonda un monastère géorgien sur le Mont Olympe en Asie Mineure. Vingt ans plus tard, le vénérable Hilarion (Ilarion) le géorgien arriva sur le Mont Olympe et y trouva trois moines géorgiens qui étaient presque certainement des disciples de Michel et Arsène.

Ô saints Pères Michel et Arsène, étoiles très lumineuses, accordez-nous la grâce de vos prières et éclairer les fidèles de notre nation et du monde!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
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Saint Catholicos Mamai

Holy Catholicos Mamai

Mémoire le 3/16 mai

Saint Mamai servit comme pasteur en chef des fidèles géorgiens de 731 à 744.

Les informations dont nous disposons sur sa vie sont rares, mais il est connu que saint Mamai était higoumène Monastère de Zedazeni et qu'il mourut en martyr pour le Christ.

Remarquable dans ses réalisations et doté d'une profonde sagesse spirituelle, saint Mamai fut intronisé comme Catholicos de Géorgie à un moment où le Catholicos et le roi géorgien étaient souvent les premières victimes des armées d'invasion.

Nous nous réjouissons dans ta mémoire, ô saint hiérarque Mamaï, et nous te demandons de supplier Dieu de faire descendre sur nous Sa riche et abondante miséricorde. Par tes saintes prières embrasse-nous dans ton amour éternel!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints 
Saint Herman of Alaska Brotherhood 
Platina, California, 2006
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dimanche 14 mai 2017

Sainte Reine Tamara

Holy Queen Tamar

Mémoire le 1/ 14 mai

En 1166 une fille, Tamara, naquit du roi Georges III [Giorgi] (1155-1184) et de la reine Bourdoukhan de Géorgie. Le roi proclama qu'il allait partager le trône avec sa fille depuis le jour où elle aurait douze ans.

La cour royale jura son allégeance à l'unanimité et promis de servir Tamara, et le père et la fille dirigèrent le pays ensemble pendant cinq ans. Après la mort du roi Georges en 1184, la noblesse reconnut la jeune Tamara comme seul maître de toute la Géorgie. La reine Tamara fut intronisée comme chef de toute la Géorgie à l'âge de dix-huit ans. Elle fut appelée "Roi" en langue géorgienne parce que son père n'avait pas d'héritier mâle et donc elle régna comme monarque et non pas comme une princesse consort.

Au début de son règne, Tamara convoqua un concile d'Eglise et s'adressa au clergé avec sagesse et humilité: "Jugez selon la justice, confirmant le bien et condamnant le mal," conseilla-t-elle. "Commencez avec moi: si je pèche, je devrais être censurée, car la couronne royale est envoyée d'en haut comme un signe du service divin. ne permettez ni à la richesse des nobles ni à la pauvreté des masses d'entraver votre travail. Vous, par la parole et moi par les actes, vous en prêchant et moi par la loi, vous par l'enseignement spirituel et moi par l'éducation nous nous occuperons de ces âmes que Dieu nous a confiées, et ensemble nous nous conformerons à la loi de Dieu, afin d'échapper à la condamnation éternelle... Vous en tant que prêtres et moi en tant que dirigeant, vous en tant que gardiens du bien et moi comme gardien de ce bien ."

L'église et la cour royale choisirent un prétendant à Tamara: Youri [diminutif de Georges], fils du prince André Bogolioubsky de Vladimir-Souzdal (en Géorgie Youri était connu comme "Georges le Russe"). Le beau Georges le Russe était un vaillant soldat, et sous son commandement les Géorgiens revinrent victorieux de nombreuses batailles. Son mariage avec Tamara, cependant, exposa de nombreux côtés grossiers de son caractère. Il était souvent ivre et enclin à des actes immoraux. En fin de compte, la cour de Tamara le renvoya de Géorgie à Constantinople, doté d'une généreuse récompense.

Beaucoup de dirigeants du Moyen-Orient étaient attirés par la beauté de la reine Tamara et désiraient l'épouser, mais elle les rejeta tous. Enfin, sur l'insistance de sa cour, elle accepta de se marier une seconde fois pour assurer la préservation de la dynastie. Cette fois, cependant, elle demanda à sa tante et nourrice Rousoudan (sœur du roi Georges III) de lui trouver un prétendant. L'homme qu'elle choisit, Davit-Soslan Bagrationi, était le fils du dirigeant ossète et un descendant du roi Georges I (1014-1027).

En 1195 une campagne militaire musulmane conjointe contre la Géorgie fut planifiée sous la direction de l'atabeg [Dirigeant militaire] Abou Bakr de l'Azerbaïdjan persan. Sur l'ordre de la reine Tamara, un appel aux armes fut lancé. Le métropolite Antoine de Chqondidi demanda aux fidèles de célébrer des Vigiles et des agrypnies et de distribuer généreusement l'aumône aux pauvres pour qu'ils puissent se reposer de leurs labeurs, afin de prier.

En dix jours, l'armée fut préparée, et la reine Tamara s'adressa aux soldats géorgiens pour la dernière fois avant que la bataille ne commence. "Mes frères! Ne laissez pas vos cœurs trembler devant la multitude d'ennemis, car Dieu est avec nous... Ayez confiance en Dieu seul, tournez vos cœurs vers Lui dans la justice, et placez tous vos espoirs dans la Croix du Christ et dans la Très Sainte Mère [de ∂ieu]! " les exhorta-t-elle.

Après avoir enlevé ses chaussures, la reine Tamara escalada la colline de l'église Metekhi de la Génitrice de Dieu (à Tbilissi) et elle se mit à genoux devant l'icône de la Très Sainte Mère de Dieu. Elle pria sans cesse jusqu'à ce que les bonnes nouvelles arrive: la bataille près de Shamkori s'était terminée par la victoire incontestable de l'armée géorgienne orthodoxe.

Après cette première victoire l'armée géorgienne se lança dans une série de triomphes sur les Turcs, et les pays voisins commencèrent à considérer la Géorgie comme protectrice de l'ensemble de la Transcaucasie. Au début du 13ème siècle, la Géorgie avait une autorité politique reconnue à la fois par l'Occident chrétien et l'Orient musulman.

Les succès militaires de la Géorgie alarmèrent le monde islamique. le Sultan Roukn al-Din était certain qu'une force musulmane unie pourrait définitivement trancher la question du pouvoir dans la région, et il marcha sur la Géorgie autour de l'année 1203, commandant une armée énorme.

Après avoir campé près Basiani, Rukn al-Dîn envoya un messager à la reine Tamara avec une demande audacieuse: que la Géorgie se rende sans combattre! En récompense de son obéissance, le sultan promis de l'épouser à condition qu'elle embrasse l'islam, si Tamara devait s'attacher au christianisme, elle serait la première parmi les autres malheureuses concubines de son harem. Quand le messager relaya la demande du sultan, un homme de haute naissance, Zakaria Mkhargrdzélidzé, fut tellement outré qu'il le gifla au visage, lui faisant perdre connaissance.

Vardzia Monastery

Monastère Vardzia

Sur ordre de la reine Tamara, la cour accorda généreusement des cadeaux à l'ambassadeur et le renvoya avec un émissaire géorgien et une lettre de réponse. "Votre proposition tient compte de votre richesse et de l'immensité de vos armées, mais elle ne parvient pas à rendre compte de jugement divin", écrivit Tamara ", tandis que je ne mets ma confiance en aucune armée ou chose du monde, mais dans la main droite de Dieu Tout-Puissant et avec l'aide infinie de la Croix, que vous maudissez. La volonté de Dieu - et non la vôtre propre - doit être accomplie, et le jugement de Dieu - et non votre jugement - régnera "!

Les soldats géorgiens furent convoqués sans délai. La reine Tamara pria pour la victoire devant l'Icône de la Mère de Dieu Vardzia, puis, pieds nus, conduisit son armée aux portes de la ville.

En espérant dans le Seigneur et dans les prières ferventes de la reine Tamara, l'armée géorgienne marcha vers Basiani. L'ennemi fut mis en déroute. La victoire de Basiani fut un événement énorme, non seulement pour la Géorgie, mais pour l'ensemble du monde chrétien.

Les victoires militaires augmentèrent la confiance de la reine Tamara. Dans la journée, elle brillait dans toute sa parure royale et sagement administrait les affaires du gouvernement, au cours de la nuit, à genoux, elle implorait le Seigneur en pleurant de renforcer l'Eglise géorgienne. Elle s'occupait de travaux d'aiguille et distribuait sa broderie aux pauvres.

Un jour, épuisée par ses prières et par la couture, Tamara s'endormit et eut une vision. Entrant dans une maison luxueusement meublée, elle vit un trône en or sertie de pierres précieuses, et elle se tourna pour s'en approcher, mais elle fut soudain interrompue par un vieil homme couronné d'une auréole. "Qui est plus digne que moi de recevoir un tel trône de gloire?" lui demanda la reine Tamara.

Il lui répondit: "Ce trône est prévu pour ta servante, qui a cousu des vêtements pour douze prêtres de ses propres mains. Tu es déjà en possession d'un grand trésor dans ce monde. "Et il lui montra une direction différente.

S'étant réveillée, la sainte reine Tamara reprit immédiatement son travail et de ses propres mains cousit des vêtements pour douze prêtres.

L'histoire a conservé un autre épisode poignant de la vie de la reine Tamara: Un jour, elle se préparait à assister à une liturgie festive à Gelati, et elle avait fixé de précieux rubis à la ceinture autour de sa taille. Peu après, elle fut informée qu'un mendiant à l'extérieur de la tour du monastère demandait l'aumône, et elle ordonné à son entourage d'attendre. Ayant fini de s'habiller, elle sortit de la tour, mais n'y trouva personne. Terriblement désolée, elle se reprochait d'avoir oublié les pauvres et ainsi d'avoir oublié le Christ Lui-même. Immédiatement elle enlevé sa ceinture, cause de sa tentation, et la présenta comme offrande à l'icône Gélati de la Génitrice de Dieu.

Pendant le règne de la reine Tamara une véritable cité monastique fut sculptée dans les roches de Vardzia, et la souveraine craignant Dieu y œuvra pendant le  Grand Carême.  Les églises de Pitareti, Kvabtakhevi, Betania, et bien d'autres furent également construites à cette époque. La sainte reine Tamara dota  généreusement les églises et les monastères non seulement sur le territoire géorgien, mais aussi en dehors de ses frontières: en Palestine, à Chypre, au Mont Sinaï, aux Montagnes Noires, en Grèce, au Mont Athos, à Petritsoni (Bulgarie), en Macédoine,  en Thrace, en  Roumanie, en  Isaurie et à Constantinople.

La reine Tamara divinement guidée aboli la peine de mort et toutes les formes de torture physique.

L'observance régulière et secrète d'un régime d'ascèse rigoureux - le jeûne, un lit de pierre, et les litanies chantées pieds nus - prirent finalement leur péage sur la santé de la reine Tamara. Pendant longtemps, elle s'abstint de parler à quiconque au sujet de son état, mais quand la douleur devint insupportable, elle finit par demander de l'aide. Les meilleurs médecins de l'époque étaient incapables de diagnostiquer sa maladie, et toute la Géorgie fut saisie par la peur de la catastrophe. Tout le monde des petits aux grands pria avec ferveur pour la souveraine et le défenseur de la Géorgie. Les gens étaient prêts à offrir non seulement leur propre vie, mais même la vie de leurs enfants, pour le bien de leur souveraine bien-aimée.

Dieu envoya un signe à Tamara quand il fut prêt à la recevoir dans Son Royaume. Alors la pieuse souveraine fit ses adieux à sa cour et se tourna dans la prière vers une icône du Christ et vers la Croix vivifiante: "Seigneur Jésus-Christ! Omnipotent Maître des cieux et de la terre! A toi je remets la nation et le peuple qui ont été confiés à mes soins et rachetés par ton précieux sang, les enfants que tu as m'accordés, et à toi je rends mon âme, ô Seigneur! "

Le lieu de sépulture de la reine Tamara est resté un mystère jusques à ce jour. Certaines sources affirment que sa tombe se trouve dans Gelati, dans une branche de caveaux appartenant à la dynastie Bagrationi, tandis que d'autres soutiennent que ses saintes reliques sont conservées dans un coffre au monastère de la Sainte Croix de Jérusalem.

Exalté parmi les saints, ô sainte et juste reine Tamara, tu as érigé des églises au sommet des plus hauts sommets, renforcé les armées de la nation géorgienne craignant le Christ par tes prières, et vaincu les armées musulmanes de ta main droite. Intercéde auprès de Dieu Christ pour sauver nos âmes!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints 
Saint Herman of Alaska Brotherhood 
Platina, California, 2006
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